Blogs de critiques littéraires amateurs et professionnels : étude comparative.

La critique des critiques de Cinquante Nuances De Grey

Fifty Shades of Grey (ou Cinquante nuances de Grey pour nos lecteurs non bilingues) est un bestseller de l’autrice E.L.. James, aux goûts… très particuliers

Nous y retrouvons Christian Grey, multimillionnaire mégalomane qui va faire la rencontre d’Anna, jeune et innocente femme imaginant la vie à travers ses livres de romances du XIX° siècle. Le jeune PDG va initier Anna au sadomasochisme en l’amenant dans sa « chambre rouge » et elle, en retour, va lui faire découvrir la douceur et la tendresse de l’amour, en l’entraînant dans les dérives de son cœur. Cette saga d’abord littéraire a été adaptée en films et a connu de nombreuses controverses et critiques. Récemment, grâce au développement de l’univers numérique, les utilisateurs du web peuvent partager leurs avis, impressions et leurs goûts sur des blogs. C’est dans ce cadre que nous avons décidé d’étudier différentes critiques de la saga d’ E.L. James et de les comparer selon les différents profils des auteurs : amateurs, expérimentés et professionnel.

Pour ouvrir le bal, nous accueillons les critiques amatrices non-expérimentées dont font partie Our Little Family et Books and Cappuccino, qui aimeraient (manifestement) se retrouver dans la chambre rouge de Monsieur Grey. Bien que très sympathiques et chaleureuses avec leurs lecteurs, nous remarquons directement que leur vocabulaire est aussi peu développé que celui d’E.L James dans ses œuvres. Les deux critiques sont obnubilées par le « sexy milliardaire », ce qui les empêche de donner une critique objective de l’œuvre. Leurs sites n’arrangent en rien leur manque de professionnalisme entre un design très coloré et enfantin ainsi qu’une police disgracieuse qui agresse nos yeux. Ce sont ces mêmes défauts qui permettent un soutien sans faille de leurs lecteurs et beaucoup de retours positifs sur leur langage sans filtre (il faut bien avouer que nous y avons aussi pris plaisir…).

Notre prochain duo de critiques amateurs plus expérimentés se compose de Carnet de Lecture et Geneviève Morel Psychanalyse (qui ont tous deux un égo aussi dimensionné que celui de Christian).

Nous retrouvons, chez eux, plus de professionnalisme que dans notre binôme précédent. Geneviève Morel nous présente une psychanalyse à travers la saga et devrait (d’après nous) se proposer en tant que psychologue attitrée du jeune PDG. Elle nous propose un dossier complet comparant l’œuvre à la thématique du vampire, car il ne faut pas oublier que ce bestseller est tout d’abord une fan-fiction de la saga Twilight de Stéphanie Meyer. Marc Bordier, l’administrateur du site Carnet de Lecture, rédige un billet sur un ton arrogant et condescendant témoignant de son snobisme (ce qu’il ne manque pas de signaler lui-même). Il relève la pauvreté d’écriture d’E.L. James mais aussi son arc narratif très peu développé. Or, nous ne pouvons pas nier leur professionnalisme montré par l’apparition d’autobiographies, mais aussi par le design épuré et très organisé qui va mettre en confiance les lecteurs. Toutefois, leur sérieux et leur snobisme peut refroidir le lecteur qui pourrait avoir envie d’aller se réchauffer chez Books and Capuccino ou s’attendrir face à Our Little Family.

Notre dernier invité au bal des critiques, n’est autre que le journaliste Thomas Sotinel avec son article « Ceci n’est pas une critique de Cinquante Nuances de Grey », publié dans Le Monde. Ce dernier réussi à concilier proximité avec le lecteur (comme chez notre premier duo) et professionnalisme (comme notre second binôme). Sans souhaiter au départ réaliser une critique de l’œuvre, il fait une comparaison entre la saga littéraire et son adaptation cinématographique sur un ton humoristique et ironique en restant objectif.  Il va également s’appuyer sur des sources internationales fiables et reconnues pour inviter le lecteur à s’informer et à se faire son propre avis. Il va clore son argumentaire en se demandant s’il n’a pas finalement fait une critique de la saga malgré lui.

Nous avons pu constater, à travers ces différentes critiques, que cette œuvre reste très controversée. Le roman va correspondre seulement à une catégorie de lecteurs spécifiques et non à un public plus élargi. Par notre propre lecture et notre travail comparatif, nous nous sommes rendu compte que la familiarité avec le lecteur et la convivialité du site étaient tout aussi importants qu’une écriture soignée et que l’avis général porté sur l’œuvre. Trouvez-vous que nous avons su allier ces deux points dans notre propre critique ?

(Attention à votre réponse, sinon vous risquez de vous faire punir par Christian Grey !)

De la plateforme de lecture numérique à son adaptation cinématographique : Sweet Home

Âmes sensibles s’abstenir ! Si la lecture d’un webtoon horrifique est encore tolérable, le visionnage de son adaptation Netflix remue les tripes. Sweet Home n’a rien de mignon, comme pourrait présager le nom, l’effusion de sang à l’écran détonne radicalement avec les ternes planches du webtoon. Le parallèle de ces deux œuvres pose alors le soucis de l’adaptation et des différences qu’elle apporte.


Ces dernières années, nous entendons de plus en plus parler d’application de lecture en lignes et le nom de l’une d’entre elles revient régulièrement dans les discussions : il s’agit bien sûr de Webtoon ! L’application recense de nombreuses bande dessinée coréenne, couramment désignée par le terme manwha. Ces derniers peuvent être partagés aussi bien par des professionnels que par des amateurs provenant du monde entier, et ce, sur divers genres tels que la romance, la comédie, le fantastique, l’horreur et bien d’autres encore. Certains connaissent un tel succès que leurs concepteurs obtiennent la possibilité d’éditer leurs œuvres en format papier comme ce fut le cas pour Lore Olympus en 2021. Pour d’autres, le projet prend une toute nouvelle dimension artistique grâce à une adaptation cinématographique. Récemment, c’est le manwha Sweet Home, classé à la fois dans les genres du thriller et de l’horreur qui a vu son adaptation naître à l’écran sous la forme d’une série horrifique. La scénariste Kim Carnby et l’illustrateur Hwan Youngchan ont confié le projet au réalisateur Lee Eung-bok afin de produire cette toute nouvelle série Netflix.

Comme pour toute adaptation du 7e art d’une œuvre littéraire et graphique, le spectateur renseigné fera forcément une comparaison entre les deux œuvres en la visionnant. Le bond entre la BD et le réel, quoique enrichi lui aussi de quelques éléments graphiques, nécessite des modifications. En tant que spectatrices, nous avons nous aussi jouer au jeu des sept erreurs.


Cette comparaison nous a amenée à la création d’un site illustrant la démarche comparative de notre projet. Nous nous sommes concentrées sur l’épisode 1 de l’adaptation Netflix comparé aux chapitres webtoon associés, et plus particulièrement sur le thème des personnages. Nous avons divisé les personnages en trois catégories, puis illustré chaque profil par sa représentation graphique et prise réelle.


Chaque personnage à un rôle bien défini, ainsi l’adaptation cinématographique et graphique de Sweet Home, qui ne portent pas les mêmes messages à l’écran, donne un aperçu différent des personnages, porteurs alors de nouvelles caractéristiques et ambitions. L’exemple parfait du profil du gangster, avec une personnalité opposée dans les deux représentations, nous montre l’entendue des différences entre Netflix et webtoon. Notre site propose une certaine interactivité, ainsi lorsque la souris passe sur la photo du personnage, comme par magie la planche webtoon associée apparaît. L’utilisateur peut donc se faire son avis sur l’adaptation du personnage à l’écran par l’observation des deux illustrations superposées. L’intégration d’extrait vidéo permet également de se plonger dans l’adaptation sanglante de Netflix.


Voici un petit aperçu pour vous donner envie de cliquer :


L’interactivité et le design du site permettent une navigation fluide au travers des deux œuvres comparées. La visualisation du passage de la série, avec la planche webtoon correspondante, dévoile plus facilement la comparaison des deux œuvres, ainsi qu’un commentaire comparatif efficace pour éclairer les aperçus des deux œuvres. Plus besoin de s’abîmer les yeux sur deux écrans lors de son visionnage pour comprendre l’adaptation !


Bibliographie :
EUNG-BOK, Lee, « Sweet Home », Song Kang, Jin-wook Lee, Lee Si-Young, 2020.
YOUNGCHAN, Hwang et CARNBY, Kim, « Sweet Home », [En ligne : https://www.webtoons.com/fr/thriller/sweethome/list?title_no=1996&page=1%5D.

Les fanfictions les plus populaires : Star Trek

              Bienvenue sur notre billet de blog qui concerne notre étude des fanfictions Star Trek les plus populaires. Afin de la mener à bien, nous allons isoler les cinq fanfictions les plus appréciées des trois sites hébergeurs principaux, à savoir Wattpad, ArchiveOfOurOwn et Fanfiction.net. Mais avant d’entrer dans le cœur de l’étude, il est possible que certains ne soient pas familiers avec cette forme de littérature et c’est pourquoi nous allons l’expliciter. Les fanfictions sont des créations textuelles mettant en scène des personnages et/ou un univers déjà existants dans une œuvre de fiction. Des écrivains, passionnés par la création d’une autre personne, vont produire une histoire inédite dépendant directement des bases instaurées dans leur source d’inspiration. Ainsi, leurs productions continueront à faire perdurer leurs œuvres préférées et ainsi développer l’univers en repoussant les limites de ce qui a été proposé par l’auteur. Elles permettent également de cerner plus facilement ce qui est apprécié par la communauté s’étant constitué autour de la licence, que l’on appellera fandom pour plus de simplicité.

              Le choix de la licence de Star Trek n’est pas anodin pour traiter du sujet de la création de fanfictions. Avant même que ce terme ne soit popularisé, des revues étaient réalisées par des fans pour des fans afin de satisfaire leur besoin de s’immerger encore davantage dans ce monde science-fictif qui les passionne. En amont de la production du prochain numéro, les réalisateurs de ces journaux amateurs communiquaient aux autres fans, par téléphone ou par lettres, le thème spécifique choisi et attendaient donc par courrier les contributions de quiconque souhaitait le représenter ou en débattre. C’est par ce moyen qu’ils parvenaient à recevoir des essais, des poèmes, des témoignages, des fanarts (dessins ou autres représentations artistiques inspirés par l’univers) et bien entendu, des fanfictions. Ces périodiques créés par des fans pour des fans ont donc reçu le nom édifiant fanzine. L’engouement autour de Star Trek fut tel que ce fut la première fois depuis la démocratisation de ce genre de pratiques qu’un fanzine ne portait pas sur un aspect général de la science-fiction mais bien sur une seule et même œuvre, suffisamment riche pour fasciner une communauté fidèle pendant plusieurs décennies. Spockanlia fut ainsi la revue initiatrice de cette longue tradition, en 1966. Beaucoup d’autres suivirent, et ce sur de nombreux thèmes. On peut citer entre autres des fanzines au contenu exclusivement adulte, comme Grup, d’autres dédiées au développement d’une relation amoureuse imaginée entre le capitaine Jim Kirk et son second Spock à partir de leurs interactions observées dans l’œuvres originelle, telles que Thrust ou T’hy’la ou encore des histoires longues basées sur des relations entre des Original characters féminins et des personnages existant bel et bien dans l’univers.

                En gardant ces vestiges du passé à l’esprit, nous nous sommes intéressés aux transpositions de ces différents sujets dans les fanfictions modernes. Le lien entre prémices de l’établissement du fandom et sa perduration grâce à des plateformes d’hébergements de textes accessibles à tous n’est, à nos yeux, pas une préoccupation première. En effet, lors de la conception de notre projet, nous avions surtout dans l’idée de nous concentrer sur la comparaison entre les interfaces des trois sites ayant servi à l’élaboration de notre corpus. Nous les trouvions pertinentes à étudier puisqu’elles nous permettaient de nous pencher sur la question de la classification et de l’accessibilité des outils de diffusion des œuvres pour les auteurs comme pour les lecteurs. Nous n’avions alors pas conscience qu’elles étaient révélatrices de modes de fonctionnement différents ayant mené à la création, ou plutôt au renouvellement, de sous-branches dans la communauté Star Trek (puisque celles-ci existaient déjà à l’époque des premiers fanzines comme cela a été expliqué dans l’introduction). Cependant, il est possible de prendre en compte ces deux aspects de la question pour en dégager des observations concrètes qui n’ont pas pour vocation d’expliquer ces tendances puisqu’elles sont bien antérieures, mais plutôt les raisons pour lesquelles une des trois plateformes, Wattpad, se dissocie radicalement des deux autres objets d’étude tant dans son fonctionnement que dans la nature des textes qui peuvent y être trouvés.

                Nous allons donc commencer par concentrer notre attention sur les sites ayant le plus de ressemblances entre eux, ArchiveOfOurOwn (abrégé en AO3 par ses utilisateurs) et Fanfiction.net. Tout comme Wattpad, ils utilisent un système d’appréciation des œuvres prenant la forme de dons de gimmicks tels que les favs, les kudos et les étoiles ayant pour but de mettre en valeur les fanfictions les plus appréciées par la communauté. Il est effectivement possible d’utiliser des paramètres de recherche spécifiques permettant de trier les résultats pour n’afficher que les travaux les plus encensés dans les premières pages. Cela est très pratique notamment pour retrouver facilement des œuvres datant de plus d’une décennie mais dont la popularité est restée intouchable. Un outil indispensable donc, compte tenu du fait que la plupart des œuvres constituant notre corpus datent de 2009 et des années qui ont directement suivi. Cela s’explique par le fait que la licence a vécu un grand renouveau lors de la sortie d’un film puis de ses suites durant cette période. Il est de plus logique que le palmarès des récits les plus appréciés ait une moyenne d’âge assez élevé puisque les notations positives acquises ont pu s’accumuler au fil des années. Wattpad fonctionne différemment à ce sujet mais nous l’aborderons dans une partie qui lui sera entièrement dédiée puisqu’il y a beaucoup de particularités à signaler. Ce système de recherche est enrichi par une profusion de mots clés pouvant être saisi dans une barre de recherche ou sélectionnés directement dans les paramètres dédiés afin de trouver l’histoire qui correspondra parfaitement aux goûts du lecteur, à son humeur ou aux éléments qu’il souhaite y voir figurer. Ainsi, il est très aisé de pouvoir trouver une fanfiction mettant en scène des personnages précis, voire une relation amicale ou amoureuse très spécifique. Cela est encore plus notable sur AO3, où la profusion des tags est telle qu’il est possible de rechercher des tropes propres au cercle des fanfictions comme la transposition de l’action dans un Univers Alternatif (par exemple le cadre futuriste de Star Trek sera remplacé par un cadre médiéval mais l’essence de la trame restera la même). Cependant, les auteurs comme les lecteurs doivent faire attention à cette trop grande liberté qui peut très vite plonger les deux partis dans la confusion. L’abondance de tags peut possiblement masquer ce que recherche véritablement l’internaute et le faire ignorer un résultat correspondant à ses recherches sous prétexte que sa première impression sera négative en raison d’un rendu fouillis. Ce problème n’existe pas sur fanfiction.net puisque les tags se limitent à la présence des personnages et de la nature du récit (romance, drame, etc.), ce qui rend la recherche simple et efficace, mais ne permet que difficilement de démarquer sa production écrite du flot présent sur la plateforme.

               Tout cet aspect pratique à propos du processus de recherche au sein d’un de ces deux espaces hébergeurs peut possiblement expliquer la tendance majeure s’y trouvant, c’est-à-dire la représentation d’une relation amoureuse entre Jim Kirk et Spock, les deux icônes principales de Star Trek. La totalité des fanfictions relevées sur AO3 ainsi que deux des plus populaires de fanfiction.net ont attrait à ce sujet . Les trois restantes ne contrastent pas de manière choquante avec nos observations puisqu’elles abordent leur lien puissant d’amitié et de respect mutuel. Outre le système de tags nous aidant à repérer cette tendance, nous nous sommes également aidés d’un outil d’analyse du corpus, Voyant Tools,  qui nous a permis d’isoler les récurrences et de nous rendre compte de la popularité des deux personnages. A l’aide de retranscriptions visuelles de nos résultats sous formes de graphismes, nous avons pu encore davantage nous rendre compte de l’affection toute particulière que les écrivains de fanfictions portent à notre tandem principal. Le premier graphisme réunit les résultats concernant notre corpus de fanfiction.net. Il prend la forme d’une juxtaposition de cinq blocs de quatre lignes de différentes couleurs. Chacun de ces groupes représente une fanfiction, classée de la plus populaire (en haut) à la moins populaire. Ainsi, la ligne bleu foncé représente Spock, la jaune Jim, la rouge Kirk, le nom de famille de ce même personnage (c’est pourquoi il faut prendre soin de superposer les deux lignes afin de rendre compte de l’étendue de son rayonnement) et enfin la bleue claire Leonard « Bones » Mccoy, le troisième protagoniste le plus présent.  L’agencement des bulles sur la ligne ainsi que la variation de leurs tailles réplique la répartition et la concentration des occurrences dans les chapitres. Les chiffres à droite de chaque ligne correspondent au nombre de répétitions précis. La progression de gauche à droite équivaut à l’avancée du récit et on pense constater que certains personnages n’apparaissent pas du tout dans certains segments des histoires de ArchiveOfOurOwn tant les bulles paraissent petites et espacées.  En réalité, cela est surtout dû au fait que les fanfictions sont beaucoup moins longues sur ce site que sur son homologue. Les one shots (histoires constituées d’un unique chapitre) sont beaucoup plus répandus sur cette plateforme en raison du système de tags possédant le potentiel de les mettre en valeur.De ce fait, les répétitions des noms sont moins nombreuses puisque la narration se doit d’être plus concise pour que le rythme soit fluide tout en offrant une expérience de lecture riche au lecteur. En conclusion de ce point, nous pouvons dire que cela peut paraître naturel que les têtes d’affiche soient le sujet principal d’un bon nombre d’œuvre puisqu’ils sont par définition les personnages les plus complexes et les plus impliqués dans la licence, mais que notre étude de Wattpad qui va suivre va nous prouver qu’il ne faut pas prendre leur notoriété comme gage de leur omniprésence.

               Nous pouvons maintenant nous intéresser aux spécificités de Wattpad. Ce site, en apparence similaire aux deux autres, a pourtant un système de recommandations des œuvres radicalement différent. En effet, il nous a été difficile de constituer cette partie du corpus puisqu’il était impossible de trier les fanfictions Star Trek par nombre d’étoiles obtenues. Les premiers résultats obtenus sont certes parmi ceux qui en possèdent le plus mais on comprend très rapidement en explorant le site que Wattpad met davantage en valeur les œuvres générant de l’activité récente autour d’elles. La mise en avant fonctionne donc grâce à un algorithme, à l’instar des réseaux sociaux comme Instagram, qui vise à mettre en valeur des œuvres actuelles. Cela est plutôt astucieux puisque les auteurs des récits en cours de rédaction vont se sentir stimulés par l’activité générée autour de leurs fanfictions. Les commentaires des lecteurs, notamment, vont leur procurer une sorte de gratification pour leur travail. Ce mode de fonctionnement diffère drastiquement de ce qui est fait sur AO3 et Fanfiction.net où des œuvres anciennes sont facilement accessibles grâce aux paramètres de recherche très poussés. Ceux-ci sont beaucoup plus pauvres sur Wattpad, qui ne propose qu’une quantité limitée de mots clefs peu efficaces pour présenter les travaux effectués de manière approfondie. Ces tags vont se limiter à quelques noms de personnages et aux différentes appellations de la licence puisque le site ne dispose pas de sous espaces attribués aux différents fandom. En contrepartie, d’autres outils sont mis à disposition de l’auteur tels que la possibilité d’afficher une première de couverture pour attirer l’œil, de proposer la liste complète des chapitres directement après avoir cliqué sur le titre ou d’insérer des images et des vidéos au sein de chacun d’entre eux. Ces deux derniers points contribuent à donner une identité unique à chaque partie de l’histoire. Ils permettent de découper l’espace de la fanfiction avec plus d’aisance, à la fois pour l’auteur qui pourra s’autoriser à changer de sujet et d’ambiance facilement grâce aux outils visuels et musicaux et pour le lecteur qui pourra gérer son expérience comme il l’entend en cliquant sur le titre de chapitre qui l’inspire le plus. Cela n’est bien entendu pas recommandé pour une fanfiction reproduisant le concept du roman mais peut se révéler être un atout formidable pour les personnes souhaitant lire ou écrire des recueils. Pour plaire à l’algorithme et satisfaire les consommatrices, les sujets abordés dans les récits vont s’adapter à ce qu’elles recherchent le plus, à savoir se rapprocher de leurs personnages fictifs préférés tout en apprenant à davantage les connaître et à explorer leurs personnalités. C’est pourquoi on trouve majoritairement des histoires courtes mettant en scène des personnages originaux féminins inspirés par les lectrices (Original Characters (OC)) avec les protagonistes masculins sur lesquelles elles fantasment.

Celles-ci tiennent en un chapitre et prennent place dans des recueils de deux-cent sections, mettant en scène approximativement le même nombre d’utilisatrices. Le site étant également spécialisé dans la production et la publication d’histoires romantiques originales, la prédisposition de ses utilisateurs pour la création de contenu « OC x personnage masculin » n’est en rien une surprise. Cette différence drastique a au moins eu le mérite d’apporter un peu plus de renouveau dans nos graphiques, comme il est possible de le voir dans celui tout en bas de notre poster. Ainsi, si on étudie le corpus de Wattpad uniquement, on peut voir qu’un nombre conséquent de personnages masculins ont la côte auprès de la gente féminine tels que Jim Kirk ou Spock, que nous avions déjà croisé dans nos précédentes études, mais aussi des personnages à la présence beaucoup plus discrète dans le fandom comme Scotty, Chekov et Sulu. Le fait que Uhura, seule femme à avoir un rôle principal dans la licence, soit aussi délaissée par les écrivains peut être expliqué par les penchants sexuels des lectrices, de manière générale plus attirées par des figures masculines. De plus, il est intéressant de souligner que le manque de représentations féminines dans Star Trek empêche l’apparition et le développement d’un couple lesbien l’incluant et pouvant servir d’équivalent au Kirk x Spock, faisant encore plus tomber ce personnage dans l’oubli.

                En conclusion, l’étude de ces plateformes pourtant en apparence si semblables a été une épopée riche en surprises. Pour qualifier notre expérience, nous pouvons utiliser l’expression familière suivante : « La boucle est bouclée. » En effet, l’engouement autour du couple Kirk x Spock ainsi que l’incorporation d’OC féminins dans l’univers ne datent pas d’aujourd’hui et représentaient déjà les différentes subdivisions de la communauté. Il y a simplement eu une transposition de ces tropes sur des plateformes différentes qui favorisent, de par les outils mis à disposition et leur interface, des modes d’écritures et des sujets correspondant aux goûts de certains utilisateurs spécifiques. Il serait presque possible de dire que les représentations actuelles trouvables sur les sites de fanfictions sont des simples numérisations des Fanzines de l’époque, mais ce serait dénigrer les efforts d’inventivité et d’implication déployés par les fans de l’époque pour rechercher des thématiques visant à enrichir leur passion pour cet univers si complexe.

Poster : HAMART Alisson
Billet : CORDELETTE Quentin

La bande dessinée régionale au temps du numérique…

Pourquoi opter pour une bande dessinée numérique ? Quel avantage sur le format papier ? En quoi la bande dessinée, principalement numérique représente un outil pédagogique intéressant ? Dans quelles mesures ce format, très récent, est-il un atout dans la revalorisation d’un patrimoine vieillissant et trop souvent oublié ? C’est ce que nous allons voir ensemble !

Peu à peu, le livre numérique prend sa place dans le paysage culturel, comme nouveau mode de consommation. La dématérialisation, principalement dans le contexte sanitaire actuel est devenu un enjeu majeur du monde de la culture.

La numérisation d’ouvrages, en plus de proposer un accès facilité à la production culturelle, offre de nouvelles possibilités dans la mise en forme et les interactions du public avec l’œuvre. Notons principalement le développement de l’interactivité et de l’enrichissement des œuvres permis par le format numérique. Cela peut se caractériser par des passerelles entre les plateformes, ou les supports (le cross-média par exemple, ou la complémentarité des supports pour une même œuvre).

Ces diverses applications trouvent tout leur intérêt dans un cadre pédagogique notamment. Le secteur de l’éducation, de même que celui de la culture, s’est modernisé et fait de plus en plus appel aux outils numériques, en utilisant des manuels scolaires dématérialisés, entre autres. L’interactivité permise par ces nouveaux supports est particulièrement intéressante par son aspect ludique et pédagogique. L’élève n’est plus uniquement spectateur, mais agit sur son support d’enseignement. L’invitant à approfondir de lui-même les connaissances dont il dispose, avec l’emploi d’hyperliens par exemple.

C’est également dans une optique de diversification des médias employés dans l’enseignement que de plus en plus de professeurs emploient la bande dessinée avec leurs élèves, et avec succès ! Ce format permet d’intéresser les classes d’enfants, jeunes et moins jeunes, aux divers enseignements dispensés à l’école, comme les sciences ou encore l’histoire.

Une part trop souvent négligée de l’Histoire est représentée par les spécificités régionales, les dialectes, les légendes, les traditions. Cette frange, par manque de fixité et de valorisation, se perd et cela principalement chez les jeunes générations. Cela peut s’expliquer par un manque de représentation dans le champ culturel, le régionalisme étant trop souvent cantonné à des ouvrages spécialisés.

Si la vulgarisation, scientifique ou historique, a le vent en poupe depuis quelques années et principalement auprès d’un jeune public, il est triste de constater que les cultures régionales sont trop peu souvent évoquées et mises en valeurs. Cette engouement est pourtant révélateur d’une demande forte d’approfondissement de la part de la jeunesse ! Il convient donc de lui fournir des supports adaptés, capable d’épancher cette soif de connaissance.

Rassemblons les pièces du puzzle : nous nous trouvons dans un contexte ou les cultures régionales se perdent, faute de fixation dans le champ culturel actuel. Si la jeunesse a de moins en moins conscience de ces spécificités culturelles et de ces traditions, elle est en revanche de plus en plus avide de savoirs, de connaissances précises. Ces connaissances leurs sont apportées et rendues intelligibles par un mouvement récent de vulgarisation d’à peu près tous les sujets jusqu’alors réservés à quelques initiés. Ce mouvement est d’autant plus facilité par le développement du numérique, notamment via les sites de streaming ou les revues en ligne. Les ouvrages numériques, par l’interactivité qu’ils permettent et leur aspect ludique ont su trouver leur public, jusque dans les salles de cours.

Nous avons donc un sujet, un support, et un public. Il ne reste plus qu’à en proposer des applications concrètes ! C’est à ce titre que nous avons décidé de proposer une version numérique et enrichie de deux bandes dessinées à sujets régionaux : Cafougnette de Malanksa, enrichie d’un contexte culturel et d’une traduction en français du texte original picard et Le diable du Pont Valentré de Polomski, illustrant l’une des légendes les plus connues d’Occitanie.

L’analyse de topiques face aux mythes arthuriens

Une analyse comparée des topiques de la série Kaamelott et des récits de Chrétien de Troyes des mythes arthuriens

CHALIER Loïc et DUHAMEL Marion

Livre I : Introduction

Kaamelott est une série télévisée française, créée par Alexandre Astier et Yves Robin, et diffusée entre 2006 et 2009. Elle comporte six saisons, résolument comiques malgré leur thème : les mythes arthuriens. Ce thème noble et tragique est filmé dans un minimalisme classique : on est loin d’une simple comédie.

Alors d’où provient l’humour de la série Kaamelott ? Tout est dans le traitement des thèmes. Astier se concentre sur les réalités derrière les légendes, les faiblesses derrière les héros, et, surtout, sur l’intimité de personnages dont seul l’extérieur a jusqu’ici été conté. Kaamelott montre les héros lorsqu’ils sont des anti-héros. C’est cette subtilité qui rend la série propice à une analyse algorithmique : l’ironie a toujours été la grande difficulté des algorithmes cherchant à comprendre des textes. Nous avons réalisé une analyse de topiques, qui montre les thèmes récurrents de la série qui peuvent être communs avec d’autres œuvres.

Cette analyse pourra-t-elle révéler le sort que réserve Kaamelott aux mythes arthuriens ?

Livre II : Questions et ressources

Répondre à cette question consiste à répondre à deux autres :

1. Peut-on dégager un thème ?

2. Peut-on identifier des nuances de registre ?

Et répondre à ces questions nécessite une analyse comparée de plusieurs œuvres traitant du même thème. Nous avons donc récupéré plusieurs textes :

Puis nous avons rassemblé trois outils d’analyse de topiques : https://mimno.infosci.cornell.edu/jsLDA/jslda.html, https://voyant-tools.org/, et https://www.sketchengine.eu/

Livre III : Résultats préliminaires

ŒuvreTopiques
KaamelottRoi, Tête, Table, Femme, Yeux, Chambre
Le Chevalier à la charretteRoi, Reine, Chevalier, Dame, Cheval, Demoiselle
Lancelot ou le chevalier à la charretteReine, Chevalier, Roi, Dame, Joie, Terre
Yvain ou le chevalier au lionDame, Chevalier, Mort, Voie, Cour, Douleur
Perceval ou le conte du GraalChevalier, Vallet, Demoiselle, Dieu, Roi, Lance

Le thème de Kaamelott apparaît bien dans ces résultats : on trouve « Roi » qui évoque la royauté, « Femme » qui évoque l’amour courtois, thème central des autres œuvres, et « Table », qui renvoie à la table ronde, comme le montre ce graphique[1] :

Livre IV : Limites algorithmiques, limites humaines

Cette analyse n’a pas identifié le registre comique : à l’exception du topique « chambre » qui montre une insistance sur l’intimité et le quotidien des chevaliers.

Il aurait fallu, pour plus de résultats, approfondir l’analyse. Le problème, c’est que les scripts de Kaamelott forment un document de 500 000 mots rédigé par une communauté qui ne suivait pas de normes. Le résultat : un tas de données massif et impossible à nettoyer, et donc complexe à traiter pour des algorithmes.

Cela est suffisamment mineur pour permettre une analyse simple, mais trop problématique pour permettre une analyse poussée.

Livre V : Résultats secondaires

Le principal problème, ce sont les noms de personnages parasites, présents dans les tours de paroles et les didascalies. Ils empêchent l’analyse du texte brut, mais peuvent être analysés en soi[2] :

Le mot qui apparaît le plus souvent près de « Perceval » est « Karadoc », de la même manière que ces personnages sont toujours fourrés ensemble dans la série.

Pareil pour Yvain et Gauvain !

Parmi tous ses chevaliers, Perceval est le plus proche d’Arthur.

Livre VI : Conclusion

Ces analyses constituent une extension de la recherche préliminaire, qui n’a pas pu aller plus loin. Elle aurait demandé une version plus propre des scripts et plus de textes en français moderne.

Ces résultats sont alléchants, mais doivent être considérés avec réserve :

1. Ils viennent en partie de l’interprétation humaine.

2. Le tri entre les mots inutiles et les topiques a été arbitraire : par exemple, le mot « tête » peut correspondre à plusieurs expressions, et ainsi ne pas constituer un topique. Nous avons choisi de le garder, mais ce choix est discutable.

Finalement, cette analyse a surtout montré un fort potentiel.


[1] Réalisé sur voyant-tools, qui illustre les apparitions d’un terme avec un autre. Les courbes sont parallèles = les utilisations des deux mots sont liées.

[2] Analyses effectuées sur sketchengine, qui illustrent la proximité entre un topique central est d’autres. La taille des cercles représente la fréquence, et la proximité avec le mot central représente la proximité globale des topiques dans le texte analysé.

Littérature augmentée : pourquoi ne fonctionne-t-elle pas ?

POURQUOI LE LIVRE AUGMENTÉ NE FONCTIONNE PAS ?

L’expression “plonger dans les livres” n’a jamais été plus littérale qu’aujourd’hui. Avec les livres augmentés, la lecture ne se résume plus à une série de mots sur un livre, c’est une expérience immersive qui peut s’étendre en fonction des envies. Pourtant, ces livres restent extrêmement méconnus aujourd’hui. Nous allons tenter d’expliquer ce phénomène.

Des livres à la complexité importante

Une des raisons qui explique le manque d’engouement pour la littérature augmentée est avant tout son faible rayonnement dans le milieu de l’édition. Il y a aujourd’hui assez peu de maisons d’édition qui osent l’expérience, et celle qui le font sont en général de grosses maisons d’édition avec déjà une audience importante (comme c’est le cas d’Albin Michel Jeunesse) ou au contraire de petites maisons d’édition marginales qui assument pleinement cette originalité, au point d’en avoir fait une “marque de fabrique” (comme c’est notamment le cas chez Beta Publisher), mais qui de ce fait, ont un public restreint.

Écrire un livre augmenté, c’est aussi quelque chose qui ne vient pas naturellement. Beaucoup d’auteurs ne connaissent pas le principe de ces textes, et, de ce fait, l’intention doit, dans la majorité des cas, provenir de l’éditeur. Dans le cas de Beta Publisher, l’éditrice expliquait notamment dans un entretien que pour une petite maison d’édition, produire du contenu supplémentaire peut relever du parcours du combattant, à cause de l’adaptation que doit subir le texte. Le cas des romans est intéressant puisque, comme le soulignait Terrance Mosca chez Gallimard Jeunesse, « Ajouter des vidéos, des interactions ou des jeux, c’est facile sur un album illustré. Sur un roman, c’est différent. Il ne faut pas que ce soit gadget » dans une conférence au Livre Paris 2020 . En effet, les contenus de romans augmentés ne doivent pas servir simplement à accompagner l’histoire, mais doivent apporter quelque chose en plus à l’histoire que l’on ne peut trouver que via ce biais. L’Étoile d’Orion d’Aymeric Janier, publié chez Beta Publisher en 2019, en est un excellent exemple, puisqu’il propose des informations documentaires sur la Guerre Froide qui complètent et aident à comprendre le propos politique historique du roman.

Enfin, créer un livre augmenté demande des moyens. Si dans les livres enrichis, les QR codes ne posent aujourd’hui plus de problèmes, l’affaire est différente lorsqu’on parle des livres à réalité augmentée qui font appel à des applications coûteuses. La réalité augmentée utilise la 2D et la 3D pour projeter des objets animés, des sons, dans une image réelle avec l’aide d’un support (tablette ou téléphone) . En effet, un studio comme Fygostudio explique qu’un produit en réalité augmenté demande un coût de fabrication de 5000 à 6000 euros . C’est un coût extrêmement élevé pour une maison d’édition, même si celle-ci est connue comme Albin Michel Jeunesse. Ainsi, rentabiliser une somme pareille demande dans la majorité des cas de sortir plusieurs livres. C’est une des raisons pour laquelle, tout du moins dans les albums de jeunesse, les livres sortent en collection. Cependant, malgré cela, nous pouvons remarquer que ce n’est bien souvent pas suffisante : la collection Histoires Animées d’Albin Michel Jeunesse, par exemple, malgré une communication enthousiaste et d’excellents retours critiques, n’a tenu guère plus de deux ans.

Une utilisation trop exigeante

Un autre point pouvant expliquer le semi-échec des livres augmentés est leur utilisation complexe et qui nécessite d’avoir son téléphone ou sa tablette à côté. Un des points qui a souvent été reproché à la littérature numérique est le parasitage occasionné par la technologie. Ainsi, retrouver ce même parasitage en lisant un livre papier peut occasionner un certain nombre de réactions.

Si l’on prend l’exemple des albums augmentés pour la jeunesse, nous pouvons rapidement nous rendre compte que même s’il est techniquement possible de lire le livre sur téléphone grâce à l’application dédiée, il est très compliqué d’avoir le même confort de lecture qu’avec une tablette, bien plus adaptée au grand format des albums. Avec le livre Chouette ! de Léna Mazilu, lire l’album avec l’application sur téléphone devient un parcours du combattant à cause des difficultés de l’application à reconnaître les pages sur un si petit écran. Cela peut aisément lasser un enfant et simplement lui faire refermer le livre.

À cela s’ajoute également la nécessité d’installer l’application et le niveau de difficulté de sa prise en main. Si dans la collection Histoires Animées, tout est très intuitif et ne nécessite que deux clics pour accéder au contenu, les livres de la collection Adopte un Tétrok nécessite une mise en main plus longue puisque tout n’est pas forcément indiqué, ce qui est problématique étant donné que l’application de lecture est combinée à un jeu vidéo. Après avoir essayé le jeu sur des enfants âgé de 3 à 5 ans, aucun n’est parvenu à comprendre comment fonctionne l’application par eux-mêmes, contrairement à celle d’Histoires Animées.

Dans le cas d’Adopte un Tétrok, il y a également un problème de contenu puisque pour débloquer l’ensemble des fonctionnalités du jeu vidéo, il faut posséder tous les livres. Malheureusement, sans, le jeu peut se retrouver bloqué après seulement cinq minutes d’utilisation, sans possibilité de revenir en arrière sans désinstaller l’application.

Toutes ces contraintes techniques peuvent ainsi rendre l’immersion moins relaxante qu’elle ne devrait l’être et ainsi causer un désintérêt pour le livre.

Une réception qui n’est pas à la hauteur

Outre l’aspect technique et la réalisation du livre, le principal problème de la littérature augmentée est surtout son manque de public. Le constat est d’ailleurs assez ironique sur cet aspect.

Bien que les critiques sur les livres augmentés soient excellentes sur les plateformes de lectures (4,44/5 sur la page de Babelio , 18,4/20 sur la page Livraddict de l’album Chouette ! de Léna Mazilu) ou dans les chroniques littéraires (comme par exemple sur Le Blog de Poppy), on peut remarquer un grand manque d’engouement pour le phénomène. La preuve la plus flagrante est notamment la clôture de nombreuses collections de livres augmentés, à commencer par celle d’Albin Michel Jeunesse, qui témoigne d’un manque de public.

Cela peut s’expliquer par plusieurs choses, dont la méconnaissance de ce type de livres. Cependant, il est bon de noter que les livres enrichis, qui utilise davantage le QR code comme lien entre le livre et le contenu médiatique, sont de plus en plus répandus, notamment dans les catalogues de magasins et les livres documentaires (par exemple pour apprendre la langue des signes à l’aide de vidéos). Nous pouvons lier cela à l’explosion des QR codes aujourd’hui, que l’on retrouve aussi bien sur les réseaux sociaux qu’au magasin aujourd’hui.

Le livre à réalité augmenté fonctionne moins probablement à cause de l’énorme concurrence des jeux vidéo, beaucoup plus poussés. C’est notamment le cas de Pokémon Go , mais aussi de jeux plus récents comme Simulacra, un jeu d’horreur qui se joue sur mobile où l’immersion est beaucoup plus importante que dans Pokémon Go et vient donc concurrencer directement les livres à réalité augmentée dont c’est aussi l’objectif. Les éditeurs ont moins de budget à consacrer à leurs applications que les studios de jeux vidéo qui vivent principalement sur ce point, ce qui explique donc pourquoi ils peinent tellement à se démarquer.

Enfin, il est également nécessaire de soulever le fait qu’il y a un manque d’enjeux. Une fois que les contenus ont été explorés une fois sur un livre augmenté, l’expérience perd de son charme. Si encore pour les contenus vidéos d’un roman comme chez Beta Publisher, les vidéos peuvent encore être vues sans besoin du livre, la complexité des applications cause préjudice aux livres à réalité augmentée. Une fois que l’on a vu les animations d’un livre, un lecteur ressent moins le besoin de les revoir à nouveau. Des tentatives maladroites comme Adopte un Tétrok ont tenté de résoudre le problème en ramenant le livre au jeu vidéo, qui offre des possibilités de rejouabilité, mais à cause de ce sentiment d’être forcé d’acheter toute la collection, il est bon de noter que ça n’a pas forcément fonctionné.

Ainsi, en conclusion, nous pouvons dire que même si le livre augmenté témoigne d’une grande créativité et est bien reçu par le public, il se retrouve prisonnier par son manque de moyens. Alors que des jeux vidéo en réalité virtuelle arrivent à reproduire une expérience qui a l’air réel, le livre augmenté se contente encore bien souvent d’animations certes jolies graphiquement, mais qui n’ont que peu d’intérêt au-delà de ce point. Pour que le livre augmenté progresse, un peu comme le livre numérique aujourd’hui, il faudrait qu’il cesse de chercher à se rapprocher de choses qui existent déjà pour montrer son vrai potentiel. Cependant, cela signifie bien souvent repartir de zéro, et étant donné que le public n’est pas encore tout à fait acquis, il reste beaucoup de travail à faire.

Un article de Oriane WROBEL, M1 Littérature de Jeunesse. (oriane.wrobel@gmail.com)

Bibliographie

« [BtoC] Pourquoi la réalité augmentée ne décolle pas ? », Frenchweb.fr. Publié le 18/09/2012. [Consulté le 08/01/2020]. URL.

CAO, Marie, PIOLI Emmanuelle. Le grand guide des signes avec bébé: + de 200 signés puisés dans la LSF avec des vidéos pour maîtriser chaque geste !. Paris : Marabout, 2020.

« Chouette ! », Babelio. [Consulté le 08/01/2020]. URL.

« Chouette ! », Livraddict. [Consulté le 08/01/2020]. URL.

DRILLON, Anne-Fleur, LEFÈVRE, Clément. Le Cyclopass. Clermont-Ferrand : Éditions Margot, 2015. (Collection Adopte un Tétrok).

JANIER, Aymeric. L’Étoile d’Orion. Paris : Beta Publisher, 2019.

KAIGAN GAMES. Simulacra. Malaisie : Kaigan Games, 2017.

MARIÈKE. « Le challenge du livre augmenté pour les maisons d’édition jeunesse », Mécanismes d’Histoires. Publié le 24 mars 2015. [Consulté le 08/01/2020]. URL.

MAZILU, Léna. Chouette !. Paris : Albin Michel Jeunesse, 2016. (Collection Histoires Animées).

MOIX, Yann. « Apologie de l’e-todafé », La Règle du Jeu. Publié le 02/02/2012. [Consulté le 08/01/2020]. URL.

POPPY. « Chouette ! De Lena Mazilu », Le Blog de Poppy. Publié le 16/07/2016. [Consulté le 08/01/2020]. URL.

THE POKÉMON COMPANY, NIANTIC. Pokémon Go. États-Unis : Niantic, 2016-2021.

« Toutes les informations sur le tarif de la réalité virtuelle ou d’une application virtuelle interactive », Fygostudio. [Consulté le 08/01/2020]. URL.

Analyse des paroles de chansons

« Love is a complex and there are sides that make us feel bad or depressed, so this time we wanted to focus on the parts of love that we want to run away from. We wanted to say that if you don’t stay true to yourself, love won’t last and the love could be love between a person and a person or love between me and myself » — RM (member of the group BTS) during an interview for the J-14 Magazine

Welcome, it’s your first time with BTS, isn’t it?

Avez-vous déjà entendu parler de BTS (prononcé à l’anglaise, s’il vous plaît) ? C’est un groupe sud-coréen extrêmement populaire de nos jours et nous avons créé une édition numérique sur deux de leurs chansons : Fake Love et Singularity. Son but : permettre de consulter les différentes traductions de ces deux chansons tout en ayant une analyse de leurs textes et de leurs clips vidéo. Parfait pour ceux qui souhaitent parfaire leur apprentissage du coréen, de l’anglais ou encore du japonais. Cela permet aussi de prendre conscience qu’il s’agit de bien plus que des chansons : ce sont de véritables œuvres.

Le groupe est composé de sept membres (Jin, Suga, J-Hope, RM, Jimin, V, Jungkook) qui composent, écrivent et produisent la grande majorité de leurs chansons (il n’est pas rare de voir RM ou Suga dans la liste des producteurs ou des paroliers) . Grâce à elles, ils véhiculent des messages à propos de la jeunesse et ses difficultés, de la santé mentale, de la tentation, de l’amour et le fait de se connaître et s’aimer soi-même . Ils critiquent même les problèmes sociaux dans leurs paroles .

Leur album Love yourself : 轉 Tear (comprenant Singularity et Fake Love) vise à mettre en garde contre les dangers de ne pas être soi-même. Si l’on n’ose pas être soi et que l’on se fabrique une identité correspondant aux attentes des autres, il ne sera pas possible de construire de relations durables, et ici, notamment, une relation amoureuse.

내 목소릴 널 위해 묻었 잖아 […]
날 버린 겨울 호수 위로
두꺼운 얼음이 얼었네 […]
보지만 결국 엔 언젠가 봄이와
얼음들은 녹아 내려 흘러 가

« I buried my voice for you […]
A winter lake on which I was thrown away
A thick ice has formed […]
But in the end, spring will come someday
The ice will melt and flow away
 »

Singularity se concentre sur les choix d’une personne : si rester soi-même ne permet pas forcément d’obtenir l’amour des autres, porter un masque ne peut mener qu’à recevoir un faux amour . Baser une relation sur des mensonges ne la fera pas tenir indéfiniment puisque la vérité finira toujours par se savoir et par détruire tout ce qui a été construit jusque-là, amenant plus de destruction que de bons sentiments donc .

Il y a aussi le risque de s’oublier soi-même au fil du temps et des mensonges qui s’accumulent : se construire selon les autres provoque une incapacité à agir par soi-même, à être soi-même si l’on finit par être abandonné . De plus, comme les exigences d’une personne varie avec le temps, il arrivera forcément un moment où le mensonge ne prendra pas et l’illusion sera brisée .

Fake Love partage avec Singularity l’image du rejet de la véritable identité en échange d’un voire de plusieurs masques et le résultat d’un tel changement (le faux amour) . Si V se demandait s’il avait fait les bons choix dans Singularity et annonçait le retour de la véritable identité (avec notamment l’arrivée du printemps et la fonte de la glace), ici, est dépeint la raison d’un tel changement : la véritable identité a été rejetée car elle n’était pas assez attractive .

Néanmoins, dans cette chanson, les membres des BTS avertissent quant aux risques d’un tel choix, à savoir le fait de se perdre soi-même, de ne pas retrouver le chemin du retour, pour, au final, ne gagner qu’un faux amour qui s’arrêtera dès que le masque sera retiré .

널 위해서라면 난 슬퍼도 기쁜 척 할 수가 있었어
널 위해서라면 난 아파도 강한 척 할 수가 있었어
사랑이 사랑만으로 완벽하길
내 모든 약점들은 다 숨겨지길
이뤄지지 않는 꿈속에서 피울 수 없는 꽃을 키웠어
널 위해서라면 난 슬퍼도 기쁜 척 할 수가 있었어
널 위해서라면 난 아파도 강한 척 할 수가 있었어
사랑이 사랑만으로 완벽하길
내 모든 약점들은 다 숨겨지길
이뤄지지 않는 꿈속에서 피울 수 없는 꽃을 키웠어

« For you, I could pretend like I was happy when I was sad
For you, I could pretend like I was strong when I was hurt
I wish love was perfect as love itself
I wish all my weaknesses could be hidden
I grew a flower that can’t be bloomed in a dream that can’t come true
 »

I came to my senses and I find myself here

«Au café avec la littérature»

Boire comme un poète

« Quand on a quelque chose de difficile à faire dire à un personnage, surtout le faire boire » Ernest Hemingway

C’est presque difficile à imaginer, pendant cette période de pandémie, mais il y avait jadis les cafés, les terrasses ouvertes, avec l’odeur de cigarette mélangé à l’âcreté de l’alcool.  Il y avait les ivrognes, qui buvaient pour oublier quelque chose, et parfois, hélas, pour ne sentir pas leur « vide existentielle ». Mais il y avait aussi ceux qui buvaient pour oublier la guerre, blessure fraiche dans le corps et dans l’âme. Oui, nous sommes quelque part en Europe entre les deux guerres, nous allons à prendre notre apéritif avec la « génération perdue ».

La terrasse du café Dôme, Montparnasse, Paris

En attendant que les cafés puissent ouvrir à nouveau leurs portes, fermez les yeux et imaginez Paris pendant les années vingt : Paris était un foyer d’artistes, écrivains et poètes, tellement que, selon le poète Ungaretti, il y avait ceux qui étaient artistes  et ceux qui tout simplement les soutenaient. Si vous souhaitez trouver des idées pour un apéritif ou une dégustation d’alcool pendant une grise soirée de couvre-feu, préparez de quoi noter, car nous serons en compagnie d’un expert en matière, Ernest Hemingway, qui, comme beaucoup d’autres Américains fut attiré à Paris, où il n’y avait pas de prohibition. Laissons-nous traîner au bar par Ernest ! Nous ferons une escapade dans un bar de Pampelune et nous écouterons une histoire qui semble trop liée aux souvenirs de son auteur : nous irons dans les tranchées des Alpes et à Milan pendant la Grande Guerre. L’alcool ne va pas rater le rendez-vous. 

Un barman à Paris

L’histoire entre l’alcool et l’homme est une histoire ancienne, au point qu’un ancien proverbe médiéval dirait :

«Qui bene bibit et bene comedit, bene dormit, qui bene dormit, non peccat, qui non peccat vadit in paradisum. Ergo si volumus ire in paradisum, bibamus et comedamus egregie»

Certainement, la façon de s’approcher à l’alcool et de le consommer a eu, au cours des époques, des changements plus ou moins évidents. Mais comment buvaient et qu’aimaient boire les écrivains du XX siècle ?

Nous avons essayé de répondre à cette question à travers des romans de Ernest Hemingway.

Ernest Hemingway et des toreros

Oubliez vos Sex on the beach, vos Virgin Mojito, et, si vous ne tenez pas trop l’alcool, c’est le moment de changer de page. Pour rendre moins fort votre whiskey ou votre cognac, il n’y aura que le soda. Les softs sans alcool ne seront pas tolérés.

Ernest Hemingway

Dans le XXe siècle, comme aujourd’hui, les boissons plus consommées semblent être la bière, mieux si brune, et le vin.  Mais ils ne manquent pas de boissons « classiques » et désormais presque oubliées par les jeunes, comme le whiskey, le cognac et pourquoi pas, du Martini avec une olive ?

Peu importe le genre des personnages : les protagonistes des romans d’Hemingway semblent apprécier tout, au-delà de leur genre. D’ailleurs nous sommes à l’époque et au cœur des textes des fascinantes « garçonnettes » aux cheveux courts.

Ernest Hemingway

Un voyage est un voyage, mais, dans cette période où il n’y a pas de moyens pour voyager et pour profiter d’un verre quelque part hors ville, notre travail pourrait vous donner quelques idées de lecture, mais aussi des idées pour accompagner votre lecture, tout en goûtant les saveurs de la terrasse chez vous.

A vos bouteilles!

Ernest Hemingway
Ernest Hemingway

Travail de : Elisa Kurgan et Grandoni Lorenzo Maria

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