L’Iliade et l’Odyssée d’Homère

L’Iliade et l’Odyssée… ça vous parle ? Oh, je vois qu’on commence à se souvenir… les cours de 6ème ?… 5ème ? Les mardi matins à se lever à 6h pour écouter Mme X parler d’Ulysse, de chevaux, de guerre et de vengeance. Ah oui ça y est ! Tellement de personnages et de lieux à retenir, d’histoires entremêlées les unes aux autres… Ça devenait quand même très compliqué à un moment. On s’est alors demandé comment les collégiens d’aujourd’hui arrivaient à s’y retrouver. Et puis, il nous ait venu une idée : et si on les aidait un peu ?

Un schéma ? Une carte ? Un article ? Non. Tout ça c’est du vu et revu et puis au final c’est toujours un peu trop compliqué à comprendre quand on n’y connaît vraiment rien à L’Iliade ou même à L’Odyssée. Alors, comment faire pour introduire ces élèves en douceur à cette œuvre majeure et merveilleuse de la mythologie grecque, sans les faire crouler sous les récits et les personnages multiples ?

Aujourd’hui, la plupart des outils numériques sont interactifs. cela nous a amené à se dire : pourquoi pas un polyptyque numérique interactif des scènes majeures de l’Iliade et de L’Odyssée ? Cinq tableaux qui représentent chacun un passage important et incontournable des ces œuvres. Nous avons donc :

Source : Hélène, interprétée par Diane Kruger, 2004. Wiki Lettres Antiques (CC BY-SA 3.0)

L’Enlèvement d’Hélène par Pâris (techniquement pas dans l’Iliade ou dans l’Odyssée mais passage quand même indispensable pour la compréhension de l’histoire, puisqu’il est l’origine de la Guerre de Troie et donc du départ d’Ulysse), La Querelle entre Agamemnon et Achille (passage majeure de l’Iliade, car c’est la cause du refus d’Achille de continuer de se battre avec les Grecs contre les Troyens), Le Combat singulier entre Ménélas et Pâris (qui aurait pu mettre fin à la guerre mais qui s’acheva malheureusement sans vainqueur),

Combat d’Achille et du fleuve ScamandreRunge, Philipp Otto (1777-1810)  (A4964)

Le Triomphe d’Achille (qui réussit à venger la mort de son ami Patrocle des mains d’Hector mais déclenche ainsi sa propre mort d’après la prophétie des dieux, disant qu’Achille mourrait s’il tuait Hector, mais qu’il deviendrait ainsi un héro grec). Pour finir, La Procession du Cheval de Troie à Troie (qui est la raison de la victoire des Grecs grâce à la ruse d’Ulysse et qui permet – après 10 ans de siège – d’enfin pénétrer l’enceinte infranchissable de la cité de Troie pour massacrer les Troyens).

Avec tout ça, on s’est dit que c’était déjà pas mal pour commencer l’épopée homérique. Un projet un peu fun et interactif qui permettra à ces petits collégiens de pas être tout chamboulés dès leur entrée dans le milieu de la mythologie et de ne pas transformer cette épopée en tragédie grecque.

Alors, on se détend, on peut enfin cliquer sereinement sur le projet en se disant que finalement le roman est quand même super intéressant quand on s’y penche un peu plus ! En plus, toutes les sources sont citées alors si jamais on avait envie d’en savoir d’avantage, on peut se renseigner en détail sur le sujet qui nous intéresse !

Le Projet : https://view.genial.ly/63861be5893e3a00139dbcd9/interactive-image-les-grandes-figures-de-la-guerre-de-troie

Et voilà ! Amusez-vous bien !

LECACHEUR Margot

LOUSTAUNAU Constance

MOREAU Léa

La visualisation de New York et de la société dans le roman Le Temps de l’innocence d’Edith Wharton

Poster du projet

Qui n’aimerait pas voyager dans le temps ? Découvrir une nouvelle époque ? Une nouvelle culture ? Et si cela était possible sans sortir de chez vous ?  Voici la solution pour vous évader à moindre coût :

gif révélation (source médias : Canva)

Mais vous voilà face à un nouveau dilemme : êtes-vous plutôt d’humeur à vous interroger sur la condition humaine en compagnie de Sartre ? Vous faire dépasser par une tortue à cause de La Fontaine ? Partir à l’assaut des moulins avec Don Quichotte ? Participer à la bataille entre les loups-garous et les vampires ? Naviguer à bord du Thousand Sunny ?

gif des références (sources :Wikipédia – Vikidia – Canva – Canva – Wallpaper Flare)

Non, vous n’oseriez pas détourner le regard de ce magnifique roman Le Temps de l’innocence d’Edith Wharton, écrivaine d’origine américaine, alors que l’œuvre lui a valu d’être la première femme à recevoir le Prix Pulitzer.

Le Temps de l’innocence d’Edith Wharton, édition de la collection Cranford
Edith Wharton (1862-1937) – Wikipédia

Une petite mise en bouche : New York à la fin du XIXe siècle, une forte modernisation des transports et des infrastructures grâce à l’émergence des gratte-ciels à partir de 1902, le « Melting Pot » se caractérisant par une augmentation de l’immigration et une croissance de la divergence ethnique, etc. Mais la ville devient surtout un centre culturel et artistique, le tout dominé par une société influencée par les plus riches.

Sous couvert de l’histoire d’amour impossible entre les deux protagonistes, Newland Archer et Ellen Olenska, Edith Wharton illustre parfaitement la complexité de cette société new yorkaise de la fin du XIXe siècle.

Afin de comprendre les propos de l’autrice, il faut donc assimiler le réseau de personnages mis en scène. Dans cette optique, vos humbles serviteurs ont hiérarchisé les protagonistes en fonction de leur statut social et de leur implication dans l’intrigue. Bon, il ne faut pas non plus pousser mémé dans les orties, on a gardé que la famille principale, c’est-à-dire les proches des trois personnages principaux.

Cette restriction permet ainsi de produire un schéma relationnel qui reste facile à comprendre. En effet, le format de l’arbre généalogique est connu de tous et l’utilisation de plusieurs types de flèches rend les différentes relations (parent-enfant, maritale, amoureuse, etc.) discernables au premier coup d’œil. Dans notre grande magnanimité, on a également catégorisé les personnages selon leur importance dans l’intrigue, c’est cadeau !

Admirez cette véritable beauté :

Schéma relationnel des personnages dans le roman Le temps de l’innocence d’Edith Wharton

Éblouissant, n’est-ce pas ? Avec cette pépite (réalisé grâce à l’application web Canva), le réseau de personnages de l’œuvre va vous paraitre bien moins énigmatique. Malgré cela, il n’y a aucun indice sur la classe sociale de chacun des personnages alors qu’on vous a promis que l’œuvre était une représentation de la complexe société new yorkaise. On aurait pu différencier les personnages par leur classe sociale plutôt que par leur importance dans le roman mais elles ne seraient pas toutes représentées. Et comme on se sentait d’humeur généreuse après les fêtes de Noël, on a créé un diagramme pyramidale représentatif de la société new yorkaise.


Allez, c’est cadeau aussi :

Pyramide des classes sociales dans Le Temps de l’innocence d’Edith Wharton

Cependant, dans notre objectif de produire les parfaits outils pour nos chers lecteurs, on ne pouvait pas s’arrêter à ces schémas linéaires. Malgré leur incroyable beauté, il fallait leur donner un peu plus de profondeur, de personnalité. Mais comment faire ?

Cela tient en un mot : interactivité. En transposant ces modèles dans Genially, on vous a pondu le Saint Graal. En effet,  dans le premier schéma, il est possible de retrouver, par exemple, la légende de chaque flèche en passant la souris dessus. La cerise sur le gâteau ? Sur le diagramme, une description de chaque classe se cache derrière les « i ». Et si la plateforme ne semble pas être intuitive au niveau des différentes possibilités, une légende ajoutée à droite de l’écran vous permettra de mieux prendre en main l’interface.

gif spoiler alert (source : Canva)

À partir de cet instant, vous, cher lecteur, êtes seul maître de vos actions. Sachez que, si vous décidez de cliquer sur cet hyperlien, vous tomberez nez à nez avec nos schémas interactifs. Or, le premier donne accès à la description synthétisée des personnages représentés. Cette dernière peut éventuellement donner des informations importantes concernant le déroulement de l’intrigue. À votre risque et péril ! Vous êtes prévenus !

En espérant que la sublime œuvre d’Edith Wharton vous paraisse plus abordable,

BORFOTINA Adelina-Gabriela | adelinagabriela.borfotina.etu@univ-lille.fr

PRADAL Aude | aude.pradal.etu@univ-lille.fr

P.S : Dites-nous si une cartographie de New York avec les lieux de vie et de mondanités représentés dans l’œuvre vous intéresserait !

Un voyage en Corée du Sud à travers les K-dramas, une expérience unique !

Si vous aussi vous rêvez de voyager au pays du matin calme après avoir lu de nombreux magazines spécialisés dans la culture coréenne. Si vous aussi vous voulez goûter le soju, cet alcool de riz coréen (pour rappel, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé !). Si vous aussi vous rêvez de vivre une romance digne des plus grands K-dramas, une histoire d’amour palpitante et pleine de rebondissements. Mais, si vous aussi le budget est trop serré alors notre carte est faite pour vous ! En effet, nous vous proposons de voyager en Corée du Sud à moindre frais grâce à notre carte interactive.

Notre carte vous propose de découvrir la capitale, Séoul, mais aussi les autres régions qui composent cette péninsule au travers de nombreux K-dramas.

Mais commençons par le début, qu’est-ce qu’un K-drama ? C’est tout simplement une série télévisée typiquement coréenne qui a pour sujet principal l’amour. En effet, peu importe le scénario, nous souhaitons surtout voir le couple principal évoluer dans une relation amoureuse parfois tumultueuse. Ainsi, notre carte vous propose de découvrir un quartier, une région, ou même une montagne emblématique de Corée du Sud et un K-drama qui a été tourné dans ce lieu. Une pierre, deux coups ! Vous découvrez un pays et une série, ou même un film !

Cette expérience unique est née d’un constat simple, la culture coréenne est partout  ! Il y a d’abord la musique aussi connue sous le nom de K-pop avec des groupes mondialement connus tels que BTS ou BlackPink. Une chanson de BTS On :

Clip On de BTS

Enfin, plus récemment c’est le cinéma qui a permis la diffusion de la culture coréenne avec le long métrage Parasite, un thriller coréen de Bong Joon-ho, primé au festival de Cannes (Bande annonce du film : Parasite).

Bande-annonce de Parasite

Ainsi, le constat s’établit aussi face à l’explosion de magazines spécialisés dans la culture coréenne et le korean lifestyle (la société coréenne). Nous avons alors analysé de nombreux articles papiers et de nombreux titres d’articles en ligne afin de comprendre cette exportation de la culture coréenne et surtout des splendides paysages coréens par le biais des séries, du cinéma, mais aussi des réseaux sociaux. De cette analyse, est ressorti que le terme qui revient le plus fréquemment est « Netflix ». Étonnées, intriguées, que disons-nous, surprises par ces résultats de prime abord ! Nous en avons finalement conclu que bon nombre de personnes ne voyagent en Corée du Sud qu’en dévorant des K-dramas sur Netflix ! D’où l’idée de cette carte interactive qui s’adapte à toutes les bourses.

Selon notre analyse, les mots les plus fréquemment employés dans les articles sont bien évidemment « Corée », « coréen.ne » ! Mais, nous trouvons aussi les deux noms de famille les plus portés en Corée, qui sont Kim et Lee. En témoigne l’équipe de foot coréenne présente lors de la Coupe du Monde 2022 ! Comme nous avons pu le voir sur Twitter par exemple.

Diagramme des noms les plus courant en Corée du Sud en pourcentage, données du site kajacorée.com de 2023

Des résultats bien surprenants, mais qui trouvent une explication simple. En effet, les personnages fictifs coréens ont souvent soit l’un soit l’autre de ces deux noms de famille. Nous avons d’ailleurs trouvé des données qui recensent les noms de familles les plus répandus en Corée du Sud ce qui donne ce diagramme ci-contre. Le diagramme indique le pourcentage des noms les plus courants en Corée du Sud. Les données se trouvent sur le site kajacorée.com.

Nous n’avons finalement plus qu’à vous souhaiter bon voyage ! Ou bon visionnage !

De Chloé Dilé et Léa Wannehain

Marchez dans les pas de Feyre Archeron, héroïne de la série de Sarah. J. Maas, Un palais d’épines et de roses.

La saga Un Palais d’épines et de roses kesako ?

Un Palais d’épines et de roses connu aussi sous l’acronyme ACOTAR, qui reprend les initiales du titre anglophone, est une série de livres de fantasy créée par l’écrivaine Sarah. J. Maas en 2015. (Si ce nom vous dit peut-être quelque chose c’est parce qu’elle est aussi à l’origine d’une autre saga événement Le Trône de cristal parue en 2012).

Qualifiée de série best-seller par le New-York Times Magazine, la saga de Sarah. J. Maas compte aujourd’hui cinq tomes publiés et deux autres tomes annoncés mais encore en phase d’écriture. Les trois premiers tomes sur lesquels nous nous sommes concentrées, Un Palais d’épines et de roses (2015), Un Palais de colère et de brume (2016) et Un Palais de cendres et de ruines (2017) suivent les aventures de Feyre Archeron, jeune humaine qui, après avoir été chasser en forêt dans l’espoir de nourrir sa famille, se retrouve plongée au cœur des intrigues des sept Cours de Prythian, royaume des Faes. Au cours de cette histoire, elle découvre en même temps que le lecteur des territoires nouveaux, féeriques ou… pas.

La carte interactive, compagnon de lecture :

Dans la littérature de fiction et majoritairement dans la littérature de fantasy, certains auteurs créent un monde imaginaire de toute pièce pour servir de théâtre à leur intrigue. Le cas le plus connu est J. R. R. Tolkien qui en plus d’avoir inventé l’univers de la Terre du Milieu et ses créatures, a aussi inventé près d’une dizaine de langues imaginaires pour sa saga du Seigneur des Anneaux

Dans d’autres cas comme celui-ci où le lecteur est plongé dans un univers inconnu, il doit à la fois pouvoir imaginer les créatures dont il est question mais aussi pouvoir se repérer spatialement comme s’il faisait lui-même partie de ce monde fictif. C’est pourquoi la présence de cartes au début ou à la fin des romans de fantasy est importante. 

Pour en savoir un peu plus sur l’utilisation que font les lecteurs de ces cartes nous avons réalisé un sondage :


On s’est aperçu que malgré leur amour pour ces jolies cartes, certains des lecteurs interrogés ont du mal ou ne s’y réfèrent pas du tout. On leur a alors demandé s’ils pensaient que l’utilisation d’une carte interactive pourrait les aider à mieux se repérer tout au long de leur lecture, ce à quoi ils ont en grande majorité répondu positivement.

Quand on ne connaît pas le monde dans lequel l’histoire évolue, on est obligé de faire des allers-retours entre la carte et le chapitre qu’on est en train de lire juste pour que cela nous aide à visualiser certains détails et à s’investir un peu plus dans l’histoire. Mais ces allers-retours dans le livre, peu importe son support, électronique ou physique, peuvent parfois virer au drame et nous faire perdre notre page ou juste tout simplement rapidement devenir lassants. 

Kermit The Frog Map GIF By Muppet Wiki

C’est là que la carte interactive entre en jeu. En venant s’ajouter au livre, elle sert d’outil supplémentaire au lecteur dans sa compréhension de l’univers et de l’intrigue. Dans le cas de la saga Un Palais d’épines et de roses, au cours de laquelle les personnages sont très souvent amenés à se déplacer, (on compte près de 65 voyages entre différentes parties de la carte au cours des trois premiers tomes et cela seulement pour le personnage de Feyre Archeron) on peut avoir besoin de repères spatiaux. La carte interactive permet aussi de proposer des images en lien avec l’endroit concerné. Nous avons par exemple choisi de présenter des dessins faits par des fans des livres, des images qui selon nous représentent l’esthétique du lieu ou même des images créées à l’aide d’une IA (Intelligence Artificielle).

Fanart du Suriel par @Atomhawk

On sait aussi que la saga peut faire peur de part sa longueur, c’est pourquoi nous avons essayé de rendre la lecture et la compréhension un poil plus ludique et pratique pour les lecteurs en créant cette carte.

N’hésitez donc pas à cliquer sur le lien et embarquez vers Prythian à votre tour !

L’histoire mythique de Roméo et Juliette repensée à l’ère contemporaine : quand la réécriture donne une nouvelle vie cinématographique à l’oeuvre.

Les réécritures sont légion dans le monde littéraire ; de la Bible aux contes, en passant par les récits populaires, la réécriture se pratique depuis l’Antiquité. Nombreux auteurs grecs et romains ont réinterprété les récits d’Homère au théâtre. Également communément appelées adaptations, les réécritures  sont multiples : du roman au théâtre, du roman au cinéma, du théâtre au cinéma… les adaptations offrent une nouvelle dimension imaginaire en mêlant inspiration et création à partir d’une oeuvre. 

Mais pourquoi adapter une oeuvre littéraire ? On peut y voir la volonté de donner un nouveau souffle à une oeuvre, lui instiller une modernité de notre temps, et pourquoi pas toucher un nouveau public. L’intemporalité d’un roman, d’une pièce de théâtre peut servir l’actualité contemporaine ; réadapter une fiction passée en fiction actuelle. 

Prenons l’exemple de Roméo et Juliette, l’une des pièces les plus célèbres de William Shakespeare. Devenu un incontournable du théâtre depuis sa première représentation en 1596, Roméo et Juliette passionne, inspire et émeut encore aujourd’hui. 

Les adaptations modernes sont nombreuses ; on retrouve chez certaines une reprise du synopsis (West Side Story, Warm Bodies: Renaissance, en passant même par Le Roi Lion 2 : L’honneur de la tribu), d’autres jouent sur l’univers de l’oeuvre dans une temporalité alternative (Gnoméo et Juliette, Rosaline…) et enfin on trouve les réécritures plus fidèles, telle que Romeo + Juliet réalisé par Baz Luhrmann en 1996. 

Probablement l’adaptation la plus connue de la pièce, Roméo + Juliette donne à l’oeuvre un contexte moderne : La Vérone d’Italie antique fait place à Verona Beach, États-Unis, quartier violent dans les années 90, où Capulet et Montaigu se font la guerre depuis des générations sur fond de joutes explosives à l’arme à feu. 

Comment réussir à moderniser un grand classique du théâtre par le biais du cinéma ?

Adapter une oeuvre au cinéma, c’est donner une interprétation fixe, poser une image sur un texte ouvert à l’imagination. On donne un visage, une voix, une démarche à un personnage imaginaire qui devient réel à l’écran ; le cinéma ne laisse pas la place à l’hypothèse ou la supposition. C’est ce qui introduit la première différence majeure entre théâtre et cinéma.

L’espace scénique

Les pièces de théâtre à l’époque Élisabéthaine étaient mises en scène de manière sobre; le lieu exacte ou un élément de décor était mentionné dans le texte grâce au dialogue, la scène était dénuée de décors. Dans Roméo et Juliette, par exemple, on relève dans la réplique de Benvolio (acte II, scène première) “– Il a couru de ce côté et sauté par-dessus le mur de ce jardin. […]” en parlant de Roméo. Ainsi le spectateur est plus attentif au jeu sur scène. La sobriété de décor permettait également de pouvoir placer autant de scènes que souhaitées dans une pièce.  

Au cinéma, on revient au concept d’interprétation fixe ; le spectateur voit un décor physique changeant où évoluent les personnages. L’imagination n’est pas sollicité, cependant cela ne représente pas une distraction pour le spectateur non plus grâce aux techniques cinématographiques : on focalise le point de vue sur le sujet principal. Le décor peut devenir sujet d’une prise de vue, mais il ne distrait pas. Dans le cas de l’adaptation de Roméo et Juliette, Baz Luhrmann a fait le choix de situer l’action à Verona Beach aux États-Unis, dans les années 90, ce qui amène la seconde différence majeure entre pièce et film.

Exemple de réplique modifiée dans le script
Roméo + Juliette, Baz Luhrmann, Twentieth Century Fox, 1996

La temporalité 

400 ans séparent la première représentation de Roméo et Juliette de son adaptation au cinéma, amenant à poser la question du choix du contexte temporel : faut-il situer l’action en 1596 pour garder une fidélité totale à l’originale, ou choisir le cadre moderne de la fin du XXème siècle ? Si Baz Luhrmann se voulait le plus fidèle possible au texte de Shakespeare, c’est dans les années 90 qu’il a décidé d’inscrire l’action de Roméo + Juliette. Pour l’anecdote, cette décennie était celle des adaptations ; les réalisateurs cherchaient à revisiter des classiques du théâtre au cinéma. Ainsi on peut trouver quelques changements logiques : les armes blanches deviennent des armes à feu, les costumes du bal deviennent des déguisements fantasques… Jusque dans la réalisation, à la manière d’un western, avec les duels et les plans face à face, yeux dans les yeux. Luhrmann souhaitait proposer une nouvelle version de l’oeuvre, dont le but n’est pas d’offrir une copie fidèle mais quelconque, mais une réinterprétation originale et moderne. Cette nouvelle vision du classique permet également aux jeunes générations de se réapproprier la pièce et ainsi étendre son public.

Les personnages

Eux aussi réimaginés de manière à correspondre aux standards et à l’époque des années 90, les personnages n’échappent pas à une transformation drastique. Certains changements sont d’ailleurs flagrants ; le Prince devient Prince Escalus, chef de police et juge de Verona Beach. Il a toujours un rôle moralisateur du représentant du pouvoir, cependant le pouvoir princier, hérité par le sang, devient un pouvoir militaire et judiciaire, acquis au mérite de ses efforts. Le poste de télévision prend une importance significative également ; il remplace le choeur à travers la présentatrice de télévision dans la scène d’ouverture du film. Le serviteur des Capulet, messager initial du bal, s’efface aussi derrière ce poste télé qui annonce la nouvelle de la fête comme un communiqué mondain au journal télévisé. Le comportement évolue également; Mercutio, fidèle ami de Roméo à l’attitude androgyne, arrive en drag queen au bal et offre une performance dansante mémorable. On se retrouve loin du bal de 1596, happé par l’éclectisme de la scène, vive en couleurs et en personnalités plus intenses les unes que les autres. Ajoutons à cela une représentation plus diversifiée des personnages, un melting pot incarnateur de modernité, Baz Luhrmann offre une actualisation rafraichissante de protagonnistes emblématiques.

Les dialogues

Que ce soit dans la version originale ou la version française, on remarque tout de suite que le langage soutenu du texte Shakespearien se mélange étrangement au contexte américain de fin de XXème siècle. En effet, Baz Luhrmann a fait le choix de garder entièrement les mêmes répliques de la pièce, dans un souci de fidélité. En rappelant que Luhrmann reprend les codes cinématographiques du western américain, entendre un anglais britannique, récité en prose, vieux de 400 ans dans la bouche d’un Roméo moderne et d’une nouvelle Juliette peut sonner faux à l’oreille du spectateur. Un écart qu’on remarque aussi en ayant lu la pièce de Shakespeare est la disparition de beaucoup de texte. Si dans la version originale du film, en anglais, les répliques sont identiques à celles de 1596, Luhrmann a coupé beaucoup de lignes au script. Dans la version française, on se retrouve face à la barrière de la traduction, qui ne se base pas forcément sur la traduction de la pièce. Dans ce cas, si le texte a aussi été raccourci, on remarque bien plus de différences de vocabulaire et de changements textuels.

En bleu les modifications, en vert les similitudes, en rouge les suppressions.

Le cinéma parvient donc à moderniser un classique incontournable du théâtre. En s’appuyant de la culture populaire des années 90 aux États-Unis, Baz Luhrmann fait de Roméo et Juliette une pièce intemporelle, qui s’insère sans mal dans un nouveau contexte socio-temporel 400 ans après. Luhrmann fait ainsi la performance de réunir un nouveau public moderne de tout âge grâce à un monument du patrimoine théâtral. 

État des lieux et cartographie de l’identité autochtone aujourd’hui en Amérique du nord

En 1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique et les “indigènes” qui y vivent. En 2020, les représentations de ce même homme sont mutilées, décapitées, anéanties, à l’image du traitement que les communautés amérindiennes ont subi depuis l’arrivée des colons sur “le nouveau monde”. Bien qu’aujourd’hui les consciences s’éveillent progressivement sur la situation complexe des natifs américains, il est déjà trop tard sur de nombreux points. Les persécutions subies par ces communautés ont duré trop longtemps et sont encore trop récentes : jusqu’aux années 1990, les châtiments corporels et les violences sexuelles étaient monnaie courante dans les internats catholiques, des instituts destinés à “purger” les autochtones de leur sang indien. Si ces éléments font surface, c’est parce que des auteurs ont décidé de parler de ces persécutions, de prendre la plume et d’exprimer leur haine et leur détresse, si profondément ancrés dans leurs êtres que ces sentiments deviennent parties prenantes de leur écriture. Et cette écriture même n’est que le fruit d’un génocide assumé par les États-Unis : incapables de s’approprier une langue propre, forcés de se soumettre aux langues des autorités dominantes (l’anglais et le français), les natifs ont vu leurs cultures, leurs racines, leur héritage disparaître. Ils n’apprennent plus les langues qui chantaient des prières, ils ne parlent plus ces langues archaïques qui n’ont jamais pu bénéficier d’une quelconque actualisation. On les a forcés à abandonner leurs noms, leurs peuples et leurs langues pour leur imposer l’anglais. De fait, c’est en anglais qu’ils pleurent la disparition de leurs sources.



La carte interactive proposée en tant que pièce principale de ce projet illustre cette linguistique et cette littérature plurielle de manière concrète, montrant les liens possibles entre la répartition géographique de ces différentes langues, les similitudes et les caractéristiques propres à chacune d’elles, et les évolutions perceptives de la littérature contemporaine vis-à-vis des cultures dont elles sont respectivement issues. En effet, il est justifiable de rapprocher ce travail d’étude cartographique et cette mise en profondeur des données géographique avec un fond d’étude civilisationnel invocable par un corpus d’œuvres littéraires, de rapport d’études, de témoignages, de toutes données relatives à cette histoire et cet héritage natif américain. On retrouvera par exemple dans Jeu Blanc de Richard Wagamese des références aux traditions et à la langue Ojibwe qui ne sont pas superposables aux autres langues de la famille algonquienne : la cartographie permet ce genre d’études et de rapprochement. Il en est de même pour se rendre compte de la surface réelle occupée par les locuteurs des langues autochtones et les territoires que l’on peut superposer aujourd’hui aux territoires des États-Unis, ayant complètement engloutis ces réserves pour ne les réduire qu’à un minimum symbolique. De fait, cette carte représente également le mal-être auquel doivent faire face les communautés autochtones, comme illustré dans 7 Fallen Feathers de Tanya Talaga, agrémenté d’études que l’on peut là aussi coupler aux études sur fond de carte. C’est à ce sens que ce support numérique et interactif semblait le plus pertinent pour étudier une problématique qui n’est pas seulement littéraire mais aussi sociale, culturelle et même géographique, vivante, concrète.

Cliquez ici pour accéder à la carte interactive !

HANSCOTTE Claire
claire.hanscotte.etu@univ-lille.fr

MANAC’H Lucas
lucas.manach.etu@univ-lille.fr

Venez découvrir Moby Dick, le roman d’Herman Melville !

Moby Dick, qui est-ce ?

Ah ! Moby Dick ! Tout le monde connaît ce nom ! Mais savez-vous qui se cache réellement derrière ? Moby Dick, c’est la baleine blanche qu’inventa Herman Melville au XIXe siècle. Et oui, c’est elle, la baleine qui hanta les mers et qui effrayait les navires ! Mais avant l’histoire fictionnelle, il y a d’abord des faits établis… Quelques années avant que Melville ne se décide à écrire son histoire, un baleinier coule, l’Essex, à cause d’une baleine qui – selon les dires dans les mémoires du capitaine Chase – s’attaqua à plusieurs reprises au navire. Après des mois d’errance sur l’océan, c’est seulement une poignée de rescapés qui parvinrent à être sauvés. Voilà Melville qui, devenu lui-même baleinier et qui entendit parler de cette histoire, se décide à créer – sans le savoir – le « phénomène Moby Dick ». N’oublions pas que cette histoire fut longtemps oublié pendant quelques décennies avant de revenir en force, vers les années 1920, à l’anniversaire de la mort de son auteur ! Quelle chance alors de pouvoir re-découvrir Moby Dick, et de la faire entrer dans notre culture.

Mais que dit alors le roman de Melville et qui est donc véritablement Moby Dick ?

Le roman, publié en 1851, raconte le voyage initiatique d’Ismaël, s’embarquant sur le Péquod, afin de partir à l’aventure et à la chasse à la baleine. A la tête du bateau, Achab, personnage sombre, mystérieux et surtout, qui veut se venger à tout prix de cette baleine blanche qui lui a coupé sa jambe, des années plus tôt… Et voilà Achab qui la cherche, avec hargne, pour s’en venger. Après avoir traversé longuement les mers, l’équipage finit par apercevoir la Baleine blanche et pendant trois jours, c’est une lutte qu’Achab entame, lui avec ses hommes, contre Moby Dick, avant que cette dernière coule le Pequod et n’entraîne Achab au fond de la mer. 

Très intéressant, n’est-ce pas ? Bon, mais alors, si je vous dis qu’il y a environ 1000 pages pour lire Moby Dick, trouveriez-vous le courage de le lire ? Sans compter les égarements documentaires de Melville, les centaines de références historiques, bibliques et géographiques qui couvrent le roman et nous font perdre la tête. Il faut dire qu’on s’y perd vite, oui… C’était peut-être plus facile pour les lecteurs du XIXe siècle de comprendre tout ça, mais ce n’est pas forcément une évidence pour nous, lecteurs du XXIe siècle… Soyez sans crainte, rien de mieux qu’un accompagnement pour vous, chers lecteurs, avec une édition numérique d’une part, et enrichie d’autre part !

Découvrez notre édition enrichie !

Moby Dick, ce sont les aventures d’Ismaël auprès d’Achab, mais c’est aussi une encyclopédie sur la baleine. Partout, ce sont des informations relatives à la baleine, de près ou de loin, du Léviathan de Job au propos de Cuvier dans son Histoire Naturelle ! Et, nous, nous vous offrons l’explication de ces informations dans une toute nouvelle édition enrichie, et déjà disponible pour l’un des chapitres du roman, « Moby Dick ». Savoir lire, tout à la fois, cette multiplicité des domaines lisibles dans Moby Dick, et observer comment Melville arrive à mélanger les différentes notions entre elles, dans un même chapitre ! Nous avons choisi de travailler sur ce chapitre-là, puisque c’est dans cet extrait que Melville nous décrit la Baleine blanche. D’une part, c’est un intérêt pour vous, puisqu’avec ce chapitre, nous ne pouvons pas mieux vous décrire la « Moby Dick originelle », et d’autre part, c’est un parfait exemple d’un mélange de références diverses, qui sont utilisées ici au mieux par Melville pour présenter sa Baleine blanche.

Quoi de mieux que d’éclairer le texte de Melville grâce à une édition enrichie ?

Nous avons d’abord travaillé sur un document LibreOffice, que nous avons lié avec notre carte faisant état des différentes zones géographiques trouvables dans notre extrait ! Donner des explications géographiques, mais c’est encore mieux quand on peut visualiser l’information ! Mais, avec la maquette de notre édition numérique, nous avons voulu aller encore plus loin et proposer les prémices d’un site entièrement tourné vers l’histoire de Moby Dick, avec des informations sur l’auteur, la longue période de la chasse à la baleine, ou encore une petite galerie d’images…

Automatisme et création, aléatoire et nécessité : limites et possibilités de la littérature via bots

« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule par conséquent réellement vécue, c’est [les bots twitter]1 ».

Proust Marcel, Le Temps retrouvé

Comme l’atteste cette citation (qui n’a pas été altérée pour les besoins de cet article), Marcel Proust avait la plus haute estime pour les bots littéraires. C’est pourquoi si la juxtaposition des termes « bot » et « littéraire » vous fait l’effet d’un oxymore, nous vous recommandons de cesser immédiatement de scroller cette page pour vous attarder sur cet article et si tel n’est pas le cas, attardez-vous tout de même : votre soif d’en apprendre plus sur la poésie des bots sera rassasiée.

Nous désignons par le terme « bot » tout outil de génération automatique de texte sur Internet. Si l’extrême majorité de ces bots servent à vous vendre quelque chose, à vous aider à vous y retrouver sur un site du service public, à influer sur les résultats d’une campagne politique certains échappent à ces vaines considérations et laissent libre cours à leur âme de poète :

Les styles, les modes de génération divers et variés attestent de la vigueur d’une espèce en voie d’apparition, parfaitement adaptée à son milieu. Étrange créature que le bot littéraire ! On le rencontre généralement dans son habitat privilégié : la plateforme Twitter et si les bots ne se ressemblent pas tous on les reconnaît aisément à quelques caractéristiques communes :

  • leur penchant marqué pour la surexploitation d’une forme stéréotypée confinant à l’obsession
  • leur goût assumé pour le pastiche
  • une certaine irrévérence
  • la collecte et le recyclage

Tel @Cypher_Bot qui décompose et recompose les contenus tweetés par les grandes marques, les bots littéraires ont une marge de création toute relative où l’ordre d’une forme réglée inscrite dans leur code se dispute au chaos de la génération automatique. La recension des occurrences des termes employés par trois bots créatifs sur 3 000 tweets illustre ce paradigme :

En effet nous constatons chez @EluardBot et @Rene_Damaul qu’un nombre restreint de termes attestant le pastiche (par exemple « écrire » et « nom » chez @EluardBot) se trouvent surreprésentés par rapport à un nombre vertigineux de mots dont le nombre d’occurrences est minime, alors que chez @Oupocobot qui produit des quatrains sans imiter le style d’un auteur nous aurions du mal à déterminer si les quelques termes plus employés que les autres le sont de manières significatives tant l’écart est minime. Ainsi malgré des vocabulaires aux étendues variables pour ces trois bots (un peu plus de 1 400 termes recensés pour @EluardBot, 450 termes recensés pour @Rene_Damaul et plus de 3 000 termes recensés pour @Oupocobot) ces graphiques, de par leur similitude, démontrent que ce sont bien des choix dans la programmation qui déterminent en premier lieu le « style » des bots.

Peu sociables, les bots ne follow généralement personne, ou presque, et ne retweetent rien. Si l’on est tenté de penser qu’ils souhaiteraient se camoufler en authentiques twittos humains, il n’en est rien et les bots sont généralement trop heureux de se déclarer comme tels : @LegalTakesBot, @LePhilotron, @horrorplotbot, @p0em_bot, @HaikuNewsBot ; permettant à l’internaute qui croise leur route d’apprécier la richesse de leur vocabulaire, la finesse de leur parodie, la subtile plaisanterie qu’ils incarnent. C’est que le bot est naturellement fier de lui.

Ainsi les bots déclament, le plus souvent dans l’indifférence générale, des contenus que nous osons qualifier de « poétiques ». En effet, l’accumulation progressive de tweets générés automatiquement selon une convention n’est pas sans rappeler les recueils de sonnets, les sévices de l’Oulipo ou les jeux poétiques des auteurs surréalistes. Aussi, peut-on considérer les bots à forme fixe comme des curiosités littéraires, d’« aboli[s] bibelot[s] d’inanité sonore2 » pour décorer votre Timeline. Mais plus encore, nous pensons que la répétition jusqu’à l’épuisement d’énoncés stéréotypés ou de conventions poétiques par le pastiche aléatoire illustre et par là problématise nos usages de la publication sur les réseaux sociaux, voire notre rapport au langage de manière générale.

Alors que nous sommes si prompts à déclarer « ceci est de l’art, cela n’en est point » le lecteur (assidu) de bots est amené à questionner l’évidence voire la légitimité des catégories par lesquelles nous envisageons les productions culturelles. Ce qui fait la littérarité d’un énoncé, est-ce sa (supposée) originalité ? Si oui, comment la mesure-t-on ? Ou est-ce le soi-disant supplément d’âme du poète dont le style (nécessairement personnel) serait l’évident marqueur ? Ou encore la capacité à signifier, à faire émerger un sens nouveau jusqu’alors dissimulé par nos préconceptions ? Au fait, la beauté n’est-elle pas dans l’œil de celui qui regarde ? Autant de questions sur lesquelles les bots poétiques nous invitent à nous attarder. Après tout, la littérature n’est-elle que ce qui se lit dans un livre ou n’est-elle pas déterminée par son but ultime : ébranler nos certitudes ? Spoiler : la réponse est dans la question.

  1. Proust Marcel, Le Temps Retrouvé, Paris, Flammarion, 2011 [1927] p. 290.
    (La citation originale se concluant, évidemment sur « la littérature » et non pas « les bots twitter ».)
  2. Mallarmé Stéphane, Poésies, Paris, Gallimard, 2012 [1899], p. 59.

One Punch Man : Comment le web a-t-il permis à une diversification de format et l’évolution de ce webcomic?

Par Jodie Ranaivo

Qu’est-ce que One Punch Man ?

One Punch Man est un webcomic c’est-à-dire une œuvre créée page par page, planche par planche et consultable sur Internet. Il est écrit et dessiné par l’auteur One, puis adapté en manga et en série d’animation. Le Webcomic met en scène le personnage de Saitama , un homme qui est devenu si puissant des suites d’un entraînement qu’il ne trouve personne pour égaler sa force : il les bats toujours en un coup ! Il en devient ennuyé, blasé, jusqu’à ce que Génos, un cyborg, l’affronte et devienne son disciple. Il lui promet donc de l’aider à trouver des combats à la hauteur de la force de son maître.

L’œuvre originale :

Ce Webcomic est publié pour la première fois sur le blog personnel de One en juin 2009 :

http://galaxyheavyblow.web.fc2.com/

Voici la planche du Webcomic où l’on voit pour la première fois le personnage :

On pourrait penser que ça ne fonctionnerait pas : un blog n’est pas beaucoup consulté et ce n’est plus trop à la mode… et pourtant, le blog de One accumule plus de 7,9 millions de visites en juin 2012 !

Le fait que ce soit sur internet permet au Webcomic d’accumuler des millions de vues de la part d’un public fan de mangas d’action ! Les choix de l’auteur en mettant en scène un héros que rien ne peut battre à la place d’un héros qui développe ses capacité est apprécié par le public.

Les adaptations :

Le manga est publié par maison d’édition japonaise Shūeisha.Inc qui repère le Webcomic dû à son succès. Ils le mettent donc de concert avec Yusuke Murata, qui sublime les dessins du Webcomic.

Néanmoins, comme tout artiste fier de son œuvre, One refuse tout changement qui serait lié au scénario, ou le changement de son personnage principal. Le premier tome paraît en 2012.

(Il est disponible scanné ici : https://mangascan.cc/manga/one-punch-man/1 !)

Voici à quoi ressemble donc la même planche que vous avez pu voir plus haut, mais faite par Yusuke Murata.

Les graphismes plaisent au public, mais celui-ci commence a repérer la répétitivité du scénario : aucun adversaire n’est assez fort pour ne pas être anéanti d’un seul coup de poing par Saitama.

La série animée a été diffusée tout d’abord au Japon sur TV Tokyo, puis ensuite mis en ligne sur le site de streaming payant Anime Digital Network. La première saison faite par le studio Madhouse a été un franc succès, invitant même des personnes connues comme le chanteur Orelsan pour doubler des voix, mais ce n’a pas été le cas de la seconde faite par le studio J.C Staff, qui s’est faite fortement critiquer, notamment sur Allociné, ou encore sur Youtube. C’est donc probablement pour cette critique mitigée que le géant du streaming, Netflix, s’étant mis également à diffuser la série animée, n’a choisi de publier que la saison 1.

Ci-dessous des critiques trouvées sur Youtube de critiques de mangas français :

L’animation a permis de ramener plus de public, mais non seulement les graphismes de la seconde saison et la répétitivité du scénario a suscité les foudres du public.

Ce qu’on peut en conclure :

Le public peut autant donner la gloire et le succès à un Webcomic et le sublimer en manga, que le reprendre lorsque leurs attentes sont déçues, notamment lors de la série d’animation.

Réhabiliter les autrices marginalisées grâce au numérique

Ce n’est qu’en février 2019 que l’Académie Française a accepté le projet de féminisation des métiers. Dans ce contexte, l’institution littéraire française – autrement dit, académies, instances d’édition, de publication et de promotion – n’est pas restée indemne au débat. Comment appelle-t-on une femme qui écrit ? Écrivaine ? Auteure ? Femme de lettres ?

Pour bon nombre d’entre elles, il n’y a pas de doute ; on dit autrice. Un mot dont on accuse les féministes d’avoir inventé, pourtant bien ancien. C’est ce que rappelle Titiou Lecoq dans son ouvrage Les Grandes Oubliées – Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes (Iconoclaste, 2019). Elle explique que la langue française était plus égalitaire avant la Renaissance et que les femmes avaient davantage accès à tous les corps de métiers, avant que le XIXe siècle n’ait institué une société patriarcale. Effacer le mot autrice revenait à effacer les femmes de la littérature.

Nous savons ce que vous devez penser : ça, c’était avant. Cependant, aujourd’hui encore, les autrices font face à un plafond de verre littéraire. Même sur les bancs de l’école, peu d’entre elles sont étudiées. En 2013, le centre Hubertine Auclert publie une étude sur la présence des femmes dans les manuels scolaires et fait le triste constat « qu’il y a 6,1% de femmes contre 93,9% de noms masculins. » En 2020-2021, seulement 25% d’autrices étaient présentes au programme du baccalauréat. Des chiffres qui nous rappellent leur marginalisation persistante.

Heureusement, notre ère bénéficie du numérique, un outil essentiel pour faire connaître toutes ces autrices marginalisées au fil des siècles. Grâce à son panel de plateformes – blogs, réseaux sociaux, podcasts, médias, bibliothèques numériques -, il permet un travail de réhabilitation important. Ses enjeux : transmettre, lire et publier. 

Transmettre les noms des autrices

Le tout premier enjeu du numérique face à ces discriminations : faire connaître les autrices. Face à l’injustice des manuels scolaires, le moteur de recherche Le deuxième texte permet de trouver, grâce à un système de Wikidata, pour chaque nom d’auteur masculin, des noms d’autrices qui leur sont contemporaines, ainsi que des liens vers le site de Gallica BnF pour découvrir certains de leurs textes. Le site Gallica BnF propose lui-même une rubrique s’intitulant « Femmes de Lettres » lorsque Libération offre une chronique nommée « Fières de lettres », toutes deux publiant des articles retraçant des biographies d’autrices.

Transmettre, c’est aussi un échange convivial sur la toile. Les Club de lecture ne sont pas morts ! On les retrouve sous de multiples facettes, comme le montre l’application mobile Reese’s Book Club, un club de lecture en ligne dans lequel la créatrice du projet présente les nouveautés, interviewe des autrices inconnues et bien souvent non éditées, créé un réseau d’échanges entre lecteurs.rices et autrices grâce à un forum et des rencontres. C’est aussi ce qui anime les bookstagrams, à savoir des comptes Instagram qui publient des recommandations lectures critiques – ou non – et échangent à leur sujet avec leur.e.s abonné.e.s. C’est le cas de Roman(s) lesbien(s) qui présente des livres écrits par des autrices lesbiennes et programme également des ateliers d’écriture en ligne. Dans la même optique, sur des romances lesbiennes anglophones : le site LezReviewBooks. À découvrir : autrices mais aussi narratrices de livres audio !

Ces plateformes touchent un large public en sortant des cercles littéraires classiques qui ne s’adressent qu’à des spécialistes. Mais les ressources sont surtout historiques et critiques or, pour déconstruire de manière pérenne les inégalités du monde littéraire, il est nécessaire de pouvoir transmettre, également, les textes de ces autrices et faciliter leur mise à disposition.

Lire les autrices

C’est l’objectif que tentent de relever les bibliothèques numériques. À partir de la rubrique « Femmes de Lettres », est né le projet Wikisource:Autrices qui propose en accès libre les textes des autrices présentées par la BnF. La bibliothèque numérique A Celebration of Women Writers recense aussi chronologiquement et par genre littéraire plus de 10 000 textes. Ainsi, il est possible d’y trouver des livres qui sont parfois difficiles à trouver en librairie – par manque d’édition – ou en bibliothèque – car peu d’exemplaires existants. Cependant, la lecture sur ce site html n’est pas toujours agréable car peu adaptée à la lecture numérique. La bibliothèque numérique Internet Archive l’est, elle, davantage. Il est même possible d’accéder à des versions ebook, aussi adaptées aux handicaps de lecture. Sa collection Great Books by Women Authors vous intéressera peut-être ! Sut l’application mobile Un texte une femme vous découvrirez, chaque jour, « un texte qui parle des femmes […] écrit par une femme engagée, connue ou méconnue ». Il est également possible d’enregistrer ses lectures favorites dans une bibliothèque. L’application offre une expérience de lecture au plus proche de la réalité.

Écrire et publier en tant qu’autrice

Plus qu’un outil de réhabilitation, le numérique est devenu pour certaines autrices de notre époque une nécessité et un outil de promotion. Force est de constater que les maisons d’édition obéissent à des critères de sélection – conscients ou inconscients – parfois discriminants. Grâce à l’espace de créativité qu’il offre, il est devenu un laboratoire dans lequel les récits et les formes littéraires se multiplient, ainsi que l’auto-édition et la création de livres numériques. On ne peut parler de ce phénomène sans évoquer l’« instapoétesse » Rupi Kaur, qui a construit sa renommée sur Instagram, connaissant pertinemment les embûches de l’édition. Et pourtant, grâce à sa poésie innovante et audacieuse, elle a pu décrocher une renommée internationale. Son « instapoésie » a également permis de populariser cet art, de le rendre légitime pour tou.te.s.

La légitimité, c’est aussi ce que les autrices acquièrent en se visibilisant, ne laissant plus place à leur musèlement. Dans le podcast La Page blanche, Emilie Deseliene les invite à nous parler, sans complexe, entre encouragement et sensibilisation, de « leur dernier livre et de leur processus d’écriture » en ayant pour objectif de nous raconter deux histoires : « celle d’une autrice et de son roman, mais aussi de lever le voile sur un métier qui fait parfois rêver ».

Le numérique, LA solution ?

Oui et non. S’il rend justice aux autrices, le travail qui y est fait reste largement bénévole, peu reconnu. La question de la pérennité se pose aussi : les archives papiers sont-elles indispensables ? Le numérique ne serait-il pas, lui-même, finalement, un espace de marginalité ?

BENDOUMA Dounia dounia.bendouma.etu@univ-lille.fr

DELACHER Emeline emeline.delacher.etu@univ-lille.fr

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer