L’essor de Macondo : Une étude sur la réception du roman célèbre « Cent ans de solitude »

Avez-vous déjà regardé la série Cent ans de solitude sur Netflix sortie en décembre 2024 ? 

Elle raconte l’histoire de plusieurs générations d’une famille habitant dans le village fictif de Macondo créé par l’écrivain Gabriel García Márquez dans son roman éponyme. Traduit en plus de 30 langues, ce chef-d’œuvre est connu comme l’un des romans les plus importants non seulement de la langue espagnole mais aussi dans la littérature mondiale.

Mais qu’est-ce qui explique sa popularité plus de 50 ans après sa première publication et 10 ans après la mort de son auteur ?

Contrairement aux classiques bien ancrés dans le canon littéraire depuis des siècles, ce roman plutôt contemporain nous a présenté une nouvelle opportunité pour pouvoir répondre à cette question. Nous nous sommes intéressées à la réception de ce roman à partir des avis, notes et critiques des lecteurs amateurs francophones et hispanophones. Avec Internet, le monde se rapproche et énormément de données sont disponibles pour une telle recherche. Nous avons utilisé des critiques des lecteurs sur le site web Babelio, un réseau social pour les bibliophiles.

Les grandes observations

Cent ans de solitude pourrait être considéré comme un roman culte de nos jours, il est cité comme l’œuvre la plus représentative du genre du réalisme magique. Plusieurs événements marquants ont jalonné le parcours du roman et contribué à sa popularité mondiale depuis sa parution en 1967.

Avec des outils numériques tels que Google Trends, Gallicagram et Google Ngram Viewer, nous avons pu repérer ces moments clés dans l’histoire de la réception du roman. Par exemple, l’attribution du prix Nobel de littérature à l’auteur en 1982 a provoqué un regain d’intérêt notable, tout comme la publication de l’édition commémorative pour les 40 ans du roman par la RAE (Real Academia Española) en 2007. Plus récemment, l’annonce en 2019 de l’adaptation en série Netflix a déclenché de nouvelles vagues d’attention, visibles dans les tendances de recherche en ligne. Enfin, la mort de l’auteur en 2014 a également suscité une effusion d’hommages et de discussions autour de son œuvre, confirmant l’importance durable de ce chef-d’œuvre dans le paysage littéraire.

Les résultats sur le site Gallicagram


Babelio et Voyant Tools

Quelques observations peuvent être faites dès le premier aperçu des pages du roman sur Babelio en fonction de nombres d’avis, leurs dates ainsi que les notes moyennes (sous forme d’étoiles) attribuées par les lecteurs. Auprès du public des deux langues, c’est évidemment un roman assez populaire et la réception est extrêmement positive.  

Les notes des lecteurs sur Babelio
La distribution des avis sur Babelio

En analysant les critiques sur Voyant Tools, nous avons relevé plusieurs observations qualitatives sur le roman. Si certaines fassent référence au prix Nobel ou à la notoriété du roman, les mots et les termes récurrents mettent en avant la richesse narrative, la complexité des personnages et les grands thèmes universels qui transcendent les cultures, ce qui souligne la valeur intrinsèque du roman et témoigne la maîtrise exceptionnelle de l’écrivain.

Les nuages des mots à partir des critiques

Ce type d’analyse présente toutefois des limitations, notamment au niveau des capacités des outils numériques et de leur nouveauté. La majorité des données sont disponibles à partir des années 2000, et nous devions avoir recours aux articles de presse et la littérature secondaire afin de bien compléter notre analyse et contextualiser nos observations. Les défis linguistiques et le manque d’analyse qualitative au-delà de la simple identification des mots exigent une intervention humaine à chaque étape, et surtout afin d’interpréter les résultats. 

En somme, ce projet nous a révélé de nouvelles perspectives intéressantes dans l’étude des critiques littéraires, notamment avec la démocratisation des avis des lecteurs et leur rôle clé dans le succès d’une œuvre. Il y a la possibilité d’utiliser les outils numériques, capables de traiter d’énormes quantités de données, pour faire des recherches plus approfondies et se poser des questions intéressantes. Par exemple, la très récente sortie de l’adaptation Netflix de Cent ans de solitude a ouvert la voie à l’exploitation des relations transmédias pour l’analyse de la réception. Cette approche soulève également la question de l’exploitation de ces outils par les librairies et maisons d’édition pour analyser, voire anticiper, la réception de certains ouvrages. 

Bibliographie

García Márquez, Gabriel. Cent ans de solitude. Éditions du Seuil, 1968.

García Márquez, Gabriel. Cien años de soledad. Editorial Sudamericana, 1967.

Samruddhi PATIL samruddhip.2709@gmail.com
Laura Yesenia VELANDIA ARIAS laurayvelandia@gmail.com

Le Théâtre Numérique

Le théâtre numérique : faire du théâtre autrement

Le théâtre numérique désigne une forme de théâtre adaptée aux technologies numériques, en repensant les codes traditionnels de la scène et du spectacle vivant. Les acteurs du théâtre numérique proposent de nouveaux concepts innovants qui mêlent nouvelles technologies, Internet et art dramatique. La technologie devient un outil de soutien de l’œuvre et peut même être à l’initiative de nouvelles œuvres. 

La naissance du théâtre numérique

La numérisation d’œuvres théâtrales est un processus qui remonte au moins aux années 1960 pour la France. On trouve alors des captations de pièces diffusées à la télévision. Avec le développement d’internet, ces captations se sont démocratisées, chacun étant en capacité de filmer une pièce avec son téléphone portable pour la mettre en ligne. 

Évidemment, les artistes ne sont pas en reste, et ils sont nombreux à intégrer très tôt des écrans et projections durant leurs représentations. À partir de là, les idées, les concepts fondés sur la technologie se développent : participation du public, enregistrements, hologrammes… Nombreuses sont les formes que prend le numérique dans le théâtre. 

La pandémie de COVID-19 est bien sûr un élément marquant du développement du théâtre numérique. La fermeture des salles de spectacle et l’interdiction des rassemblements a forcé les institutions théâtrales à trouver de nouveaux moyens d’atteindre son public. La question était alors la suivante : comment atteindre le public ? 

Le spectacle Autoshow du théâtre du Grütli à Genève en est un parfait exemple. Le public se connecte à une session Zoom, cinq acteurs sont sur une scène et reçoivent des instructions de jeu de la part de cinq membres de l’assistance. Ensemble, ils créent une pièce improvisée. Le résultat est certes assez chaotique, mais l’objectif est rempli : renouer les liens entre les artistes et le public.

Le futur du théâtre numérique

Nous l’avons montré, le théâtre numérique est un bon moyen d’en faire profiter ceux qui ne peuvent pas se rendre dans les salles de spectacles, et cette initiative ne s’arrête pas à la pandémie. Les personnes isolées géographiquement, par exemple, ou celles qui ont des difficultés à se déplacer peuvent bénéficier d’un accès à ces œuvres depuis chez elles. On peut également mentionner la Comédie française qui propose, grâce à des “lunettes connectées”, un surtitrage en français ou en anglais de la totalité des pièces jouées dans la salle Richelieu. 

Il serait cependant réducteur de limiter le théâtre numérique à son aspect de distance. Certes, cet art s’est largement développé en réponse à un éloignement forcé du public, mais les outils numériques présentent des qualités inspirantes pour les artistes, qui choisissent de créer des œuvres en s’appuyant sur les outils numériques à leur disposition. 

Par exemple, l’artiste suisse Simon Penn propose un spectacle mêlant théâtre et réalité virtuelle, Be Arielle F. Au cours de celui-ci, il se glisse dans le corps digitalisé  d’une femme, Arielle, et fait part de ses réflexions sur son propre genre, mais aussi sur l’aspect moral de posséder le corps d’autrui. 

Un autre exemple est Kit de survie en territoire masculiniste. Durant cette performance de Marion Thomas, le public suit ses déambulations dans les rues d’une ville, casque sur les oreilles. Un enregistrement de la voix de l’artiste est diffusé au public dans lequel elle raconte la vie d’un incel, en se demandant si elle fait bien de lui donner la parole. 

Le théâtre numérique est donc un ensemble de performances rendues possibles grâce aux nouvelles technologies. L’évolution rapide de l’intelligence artificielle ouvre des questionnements sur le futur de cette pratique. On imagine bien les possibilités théâtrales d’une interaction entre un ou des acteurs et une IA.

Gone Girl : Entre adaptation cinématographique et univers digital

Prêts à plonger dans l’un des thrillers les plus fascinants de notre génération ?
Imaginez un couple parfait : Amy, la femme idéale, et Nick, son charmant mari. Mais le jour où Amy disparaît, ne laissant derrière elle qu’un jeu de piste intriguant, tout bascule. Dès lors, on se rend vite compte que derrière ce masque parfait se cache une réalité bien plus sombre. Si vous ne connaissez pas encore Gone Girl, ce n’est pas trop tard pour entrer dans l’univers fascinant de ce thriller culte !!!

Le pitch ? L’histoire débute le matin du cinquième anniversaire de mariage du couple, le jour où Amy disparaît. Nick se retrouve alors sous le feu des projecteurs et devient le suspect numéro un de l’enquête très médiatisée sur la disparition d’Amazing Amy. Néanmoins, au fil des indices de l’énigmatique chasse au trésor créée par Amy, la vérité s’avère bien plus tordue qu’on ne le pensait… On ne vous spoilera pas plus, si vous voulez en savoir plus on vous invite à regarder le film ou à lire le livre !

Indice n°1 – Amy Dunne, une Icône de la pop culture

Gone Girl n’est pas qu’un simple film ou roman qui nous tient en haleine pendant des heures, mais c’est un véritable phénomène de pop culture. En effet, le roman de Gillian Flynn sorti en 2012 a connu un succès phare dès sa sortie, apprécié des critiques et du public, mais l’adaptation cinématographique du maître du suspense, David Fincher réalisée en 2014 a catapulté l’histoire à un tout autre niveau. Qui n’a pas vu les mèmes sur Amy et son célèbre « Cool Girl Monologue » ? Les moodboards Pinterest ?  Ou encore, les édits TikTok sur le personnage complexe d’Amy ?
Si vous habitez dans une grotte ou tout simplement ne passez pas vos journées libres sur les réseaux sociaux, voici quelques exemples…

Indice n°2 – Un site consacré à l’univers de Gone Girl

Vous êtes fans absolus de l’univers de Gone Girl ou vous êtes simplement curieux d’en savoir plus ? Notre site est fait pour vous ! Pas besoin d’être un expert. Que vous ayez déjà vu le film, lu le livre, ou que vous n’ayez aucune idée de ce dont il s’agit, notre site vous guide dans cet univers labyrinthique. Ici, on ne se contente pas de vous faire un récapitulatif de l’intrigue. Non. Nous vous proposons une immersion complète avec des outils numériques interactifs pour enrichir votre expérience ! 🎉

Indice n°3 – Une entrée dans notre menu palpitant…

Dans le menu de notre site on retrouve deux pages principales. La première page permet de comparer les scènes clés, comme vous pouvez le voir sur la maquette ci-dessous. Cette page permet de voir en détail comment le film a été adapté du roman. Elle met en évidence les points communs et les différences, mais permet aussi de visualiser directement les passages écrits avec les moments clés du film sur un seul et même écran. Cette maquette montre la scène clé du  “Cool Girl Monologue”, mais grâce au curseur situé à gauche et à droite, vous pouvez switcher entre différentes scènes et les comparer ! Chaque scène, ayant sa propre page dédiée, est accompagnée de commentaires et d’analyses.

Ensuite, vous trouverez une page contenant une carte narrative et interactive. Cette carte permet de suivre les traces d’Amy lors de sa fuite, ainsi que celles de Nick à travers la mystérieuse chasse au trésor. Il s’agit d’une carte fictive, car certains lieux dans le livre et le film le sont. Cependant, en menant notre propre petite enquête, nous nous sommes rapprochés autant que possible de ces lieux fictifs. Sur la carte, vous retrouverez des images du film, accompagnées de courts résumés explicatifs et parfois d’indices laissés par Amy

Carte intéractive :
https://uploads.knightlab.com/storymapjs/2c8178ce2eccda547dc20678eceae6b2/gone-girl-map/index.html

Bref, que vous soyez #TeamAmy ou #TeamNick, ce site deviendra votre référence pour déchiffrer tous les mystères de Gone Girl.
Il est maintenant temps pour vous de jouer les détectives… Mais faites très attention, dans cet univers, même les indices peuvent mentir.

Bibliographie :

FLYNN, Gillian, Gone Girl, New York, Crown Publishing Group, 2012.
FINCHER, David, dir. Gone Girl, Los Angeles, 20th Century Fox, 2014.

Alice au pays des Humanités numériques

Pour notre projet, nous avons fait le choix de créer une édition numérique bilingue anglais/français du roman Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. Mais, au-delà d’une simple édition numérique, nous voulons que celle-ci soit illustrée afin d’être à notre image et de pouvoir y ajouter un côté plus personnel et attractif. 

L’accès au numérique dans les écoles

Le numérique est de plus en plus présent dans les écoles et vous vous demandez pourquoi ? La raison en est simple. Aujourd’hui nous préférons favoriser la simplicité et l’efficacité en alliant l’utile à l’agréable. L’effervescence du numérique n’est donc plus un danger et n’aura plus de secrets pour les nouvelles générations… C’est à présent la solution à de nombreux problèmes !  Plus besoin de passer des heures entières à dénicher la moindre petite information, le numérique devient votre meilleur allié pour rendre l’apprentissage plus simple, ludique, rapide et efficace. Que demander de mieux? 

Enseignants, élèves, parents,… Tout le monde s’y met, à tout niveau, à tout âge, dans toutes disciplines, il y aura toujours au moins un outil numérique adapté pour vous !

L’anglais dans les livres pour les enfants

L’apprentissage de l’anglais se fait dès le plus jeune âge, et davantage aujourd’hui avec l’essor du numérique plus puissant que jamais ainsi qu’un accès aux médias anglophones (et internationaux) démultipliés grâce aux moyens d’aujourd’hui (internet, boutique en lignes, librairies…). 

L’importance d’avoir un meilleur accès aux ressources littéraires anglophones et/ou bilingues est cruciale pour les enfants aujourd’hui. En effet, ces ressources aident en ce qui concerne l’apprentissage de la langue mais également la compréhension d’une autre culture et d’autrui, les différents us et coutumes qui sont très différents d’un pays à l’autre et même d’une région à l’autre. L’anglais dans les livres pour enfants permet également d’exacerber leur curiosité et leur envie d’apprendre (et pas seulement des langues étrangères mais aussi d’autre choses de manières plus générales).

L’importance des illustrations dans les livres pour enfants

La transmission d’informations et de messages est l’un des aspects les plus importants de l’art. Et cette propriété n’est pas perdue lorsqu’il s’agit des albums et livres illustrés pour les enfants. En plus d’intégrer une approche ludique et esthétique dans l’œuvre, qui pourra permettre aux enfants les plus jeunes de s’intéresser et s’immerger dans l’histoire et de piquer leur curiosité, les illustrations sont également vecteurs d’une double compréhension qui se lie au texte mais qui peut aussi en être indépendante. Les illustrations facilitent également la naissance d’un intérêt pour les différents arts et accroissent la sensibilité esthétique et le regard critique des enfants.

Et soyons honnêtes avec nous-mêmes, qui n’aime pas être surpris par de jolies illustrations lorsqu’il lit un roman. (Pour moi c’est tout bonnement validé !!)

Des exercices ludiques pour mieux apprendre

Lorsque l’on pense à l’apprentissage de l’anglais à l’école, cela peut paraître pour certains soit ennuyeux, soit compliqué. Et si nous avions trouvé LA solution à ça ? Une édition numérique bilingue de la très célèbre œuvre de Lewis Carroll pour apprendre aux jeunes la langue anglaise tout en s’amusant ! Nos exercices permettent à la fois de se repérer dans le vocabulaire propre à l’univers d’Alice, mais aussi d’apprendre à prononcer les mots, les retrouver dans le texte et les associer à des images créées par nos soins. 

Quoi de mieux pour apprendre l’anglais ?

Avec tout ça, fini les angoisses avant d’entrer en cours d’anglais, il ne s’agira plus que d’un jeu d’enfant à présent !

Différents niveaux

Nous proposons plusieurs exercices adaptés à plusieurs niveaux. Allant du CP au CM2, donc du cycle 2 et 3, nos exercices permettent à l’enfant de progresser petit à petit tout en suivant son niveau scolaire, voire en prenant un peu d’avance pour se sentir plus à l’aise en cours d’anglais à l’école. Avec l’édition numérique que nous proposons d’Alice au pays des merveilles, parents comme enfants pourront se repérer en naviguant dans les onglets des différents niveaux de difficultés.

Enaïs Blondeaut, Marie Deunette, Inès Delaere

(Certaines images présentes dans cet article ont été conçues par nos soins)

Définir un classique littéraire – L’exemple de Wuthering Heights

Ange Grah – Yacine Nouichi


Le classique littéraire, qu’est que c’est ?

La notion de classique est une notion tellement complexe que seule la pratique peut permettre de la cerner. Entre alors en scène Wuthering Heights, l’un des livres les plus célèbres de la littérature anglaise. Considérée comme un classique littéraire, cette œuvre nous a semblé être le cas pratique parfait pour essayer de dégager les critères qui font d’un livre un classique aujourd’hui au XXIème siècle.

On constate ainsi qu’il y avait deux catégories de critères pour définir un classique. On a des critères plus anciens, qui se basent sur le succès académique, classiques, relativement rigides. Mais avec le temps, de nouveaux critères ont fait leurs apparition : des critères plus souples aux contours un peu moins définis mais tout aussi importants. L’opinion du lecteur lambda est prise en compte, la popularité du livre ainsi que le nouvel aspect numérique permettent une accessibilité que l’on n ’aurait jamais cru possible au XIXème siècle lors de la parution du livre.

Des critères académiques, plus traditionnels

Jusqu’aux les années 1990, les critères qui étaient utilisés pour définir un classique littéraire étaient encore très stricts. On parlait alors de « processus de classicisation » terme employé par Alain Viala, historien de la littérature française. Ces critères sont nombreux et tournent principalement autour de l’excellence académique. En gros, un classique littéraire :

C’est une œuvre extrêmement bien écrite, étudiée de long en large principalement à l’université et au lycée. Wuthering Heights est l’un des livres anglais les plus enseignées.

C’est une œuvre ayant fait l’objet d’articles de revues, d’essais, de thèses. Et à en croire le nombre élevés de résultats que nous avons sur de nombreuses ressources universitaires en ligne, lorsque l’on tape Wuthering Heights, on peut dire que c’est le cas pour Wuthering Heights.

Il s’agit également d’une œuvre qui bouscule les codes littéraires de son époque, qui apporte une nouvelle manière de voir le monde et d’appréhender la nature humaine. Wuthering Heights a été d’abord critiqué puis acclamé par les critiques et éminences littéraires pour sa représentation du psyché humain car il montrait la dualité de l’être humain, entre le bien et le mal, mal qui prenait d’ailleurs bien souvent le dessus. L’œuvre a également été acclamée pour la critique sociale que son autrice fait. En effet, elle dénonce entre autres le système de classe, la condition de la femme à son époque et même le racisme, une notion absente à cette époque.

Il s’agit d’une œuvre de son temps, qui en garde les spécificités. Pour Wuthering Heights, Emily Brontë respecte tout de même les règles de moralité de son époque, ses personnages sont immoraux mais ils finissent par se repentir ou par être punis. Sans compter le fait qu’elle y aborde des thèmes qui répondent à des problématiques de l’ère victorienne.

De nouveaux critères, plus modernes, font leur apparition.

Au fil du temps, avec l’avancée d’internet, renforçant la connection et l’interaction, d’autres critères ont fait leur apparition, des critères plus modernes. Les classiques comme Wuthering Heights ne sont plus seulement étudiés dans les salles de classe, mais figurent maintenant dans des espaces numériques où les lecteurs peuvent échanger, interpréter et réinventer les œuvres. L’oeuvre d’Emily Brontë est ainsi largement discutée sur des plateformes comme des blogs, des forums, les podcasts et les vidéos. Ces espaces permettent aux lecteurs de partager des interprétations personnelles, souvent influencées par des façons de penser plus récentes, l’oeuvre se voit ainsi redécouverte.

Ces plateformes offrent une meilleure accessibilité à l’œuvre, la rendant disponible à un public plus large, plus divers. Les forums et blogs mettent en avant de nouvelles réflexions, tandis que les podcasts et vidéos apportent une dimension plus vivante et interactive à l’étude du livre. Cette numérisation offre une nouvelle vie à Wuthering Heights, et aux classiques en général, en permettant à l’œuvre de se redéfinir à chaque époque. Elle témoigne de la capacité de l’œuvre à se réinventer et à susciter des discussions nouvelles.

BD Illustrant les différentes lectures selon les époques, réalisée par Sheila Grah.

Les multiples adaptations de l’œuvre dans des médias variés, qu’il s’agisse de films, de pièces de théâtre ou même de la chanson incontournable de Kate Bush, illustrent cette adaptabilité, invitant plus de personnes à interagir, à en parler sur les réseaux sociaux, à contribuer d’une manière nouvelle à son statut de classique. Ces nouveaux critères montrent ainsi que l’œuvre ne se contente pas de traverser le temps : elle se voit redéfinie par chaque génération.

Wuthering Heights -Samuel Godwyn (1939) / Wuthering High School (2015) / Wuthering Heights – Peter Kosminsky (1992)

En résumé

Le statut de Wuthering Heights en tant que classique littéraire repose ainsi sur des critères académiques, tels que sa qualité d’écriture et son impact historique, ainsi que sur des critères modernes, qui se définissent et redéfinissent au fil des années : Les blogs, podcasts et adaptations témoignent du renouvellement de l’œuvre, qui continue de captiver de nouvelles générations de lecteurs. Ainsi, Wuthering Heights incarne l’essence même du classique : une œuvre intemporelle, enrichie par chaque époque qui la redécouvre.

Lien vers le nuage arboré : https://app.mural.co/t/wutheringheights9179/m/wutheringheights9179/1736173358891/3fe9ae29c61cceea618974650638aae9374b293e?sender=ubd90298b204c5b3b3c7d7341

Bibliographie succinte :

Rabot, Cécile. « Qu’est-ce qu’un classique ? » In Littéraire – Tome 1 : Pour Alain Viala, édité par Marine Roussillon, Sylvaine Guyot, Dominic Glynn, et Marie-Madeleine Fragonard, 97‑107. Études littéraires. Arras: Artois Presses Université, 2018. https://doi.org/10.4000/books.apu.17962.

Frazer, Sophie Alexandra. « Why Emily Brontë’s Wuthering Heights is a cult classic ». 31 July 2018. The University of Sydney. (blog), s. d. https://www.sydney.edu.au/news-opinion/news/2018/07/31/why-emily-bronte-s-wuthering-heights-is-a-cult-classic.html.

Mercurio, Marisa. « The Radical Politics of Wuthering Heights ». Journal of Victorian Culture (blog), 24 mars 2020. https://jvc.oup.com/2020/03/24/the-radical-politics-of-wuthering-heights/.

Stoneman, Patsy. « Feminist criticism of Wuthering Heights ». Critical Survey, Feminist criticism, 4, no 2 (1992): 147‑53. https://www.jstor.org/stable/41555645

Une édition scientifique de Terra di Cleopatra (1925) d’Annie Vivanti : comment l’usage d’outils numériques peut-il nous aider à valoriser et analyser les thématiques essentielles d’un récit de voyage ?

Nous avons décidé d’étudier Terra di Cleopatra (1925), un récit de voyage d’Annie Vivanti, autrice italienne née en Angleterre, car il nous semblait comporter de nombreuses spécificités pouvant être mises en valeur par une édition numérique. Toutefois, une telle édition permet-elle de valoriser le texte sous tous ses aspects essentiels ?

La création d’une carte numérique retraçant l’itinéraire de Vivanti

Puisqu’il s’agit d’un récit de voyage, il nous a semblé intéressant de proposer une carte numérique illustrant les différentes étapes du voyage de Vivanti. Pour accompagner cette carte, il nous paraissait essentiel de faire figurer sur la même page un extrait du texte parlant de l’étape en question, ainsi qu’une photo de la ville insérée par Vivanti dans l’édition originale. Néanmoins, l’autrice n’expliquait pas toujours les raisons de son déplacement progressif vers la Haute Egypte au même moment qu’elle se déplaçait de ville en ville : cet outil ne nous a pas permis de mettre suffisamment en valeur sa recherche d’authenticité, à l’origine de cet itinéraire.

La valorisation des thématiques essentielles de l’œuvre

Nous avons également souhaité que notre projet d’édition numérique ne se contente pas d’illustrer le texte, mais qu’il soit également utile pour l’analyser plus en profondeur et plus efficacement. Pour cela, nous avons généré un nuage de mots des termes prépondérants de l’œuvre pour en repérer au premier coup d’œil les thématiques principales. Le but à terme serait de proposer un affichage html de ce texte balisé, qui mettrait en évidence (à l’aide d’un système de couleurs) les mots-clés du texte. Les thématiques que nous avons jugées comme étant essentielles étaient les suivantes :

1) le caractère plurilingue du texte : Annie Vivanti écrit en italien mais emploie de nombreux mots arabes, anglais et français rendant bien compte de sa situation de voyageuse ;

2) les termes liés aux femmes : en tant que voyageuse, l’autrice a accès à des lieux interdits aux hommes l’accompagnant (notamment les harems) et discute de sujets qui ne seraient probablement pas mises en avant par un homme dans un récit de voyage (féminisme, lien entre bonheur et mariage…) ;

3) la thématique du nationalisme : elle se place en soutient du mouvement nationaliste égyptien s’opposant à l’influence de l’Angleterre, alors qu’elle y est née. Cette thématique explique en partie son départ en Égypte ;

4) le champ lexical des sensations : Vivanti, en pleine situation de dépaysement, évoque fréquemment ce que ce voyage suscite en elle d’un point de vue visuel et sonore ;

5) la critique des touristes : c’est bien en tant que voyageuse et non touriste que l’autrice visite l’Égypte. Elle critique fréquemment le comportement superficiel de ses amis italiens, l’ayant accompagnée dans ce voyage et dont elle cherche absolument à se distinguer, en se déplaçant vers une région qu’elle juge plus rurale et authentique (la Haute Égypte).

            Même si ce projet d’édition numérique nous a été très utile pour valoriser le texte (création d’une carte permettant de visualiser clairement le voyage de Vivanti) et l’analyser (extraction de mots-clés sous forme de nuages de mots et balisage du corpus), ils n’ont pas suffi selon nous à proposer une lecture plus fine de l’œuvre. En effet, un article sur lequel nous nous sommes beaucoup appuyées qualifie le voyage de Vivanti de potentiellement fictif : elle chercherait avant tout à représente le nationalisme irlandais (qu’elle soutenait avec son mari) en prétextant parler du mouvement égyptien. Cette donnée, que nous avons pourtant jugée fondamentale pour comprendre le texte, est absente de nos productions numériques et ne nous semble pas pouvoir être mise en valeur avec nos compétences actuelles.

Bibliographie succincte

Vivanti, Annie, Terra di Cleopatra, Milano, A. Mondadori, 1925.

Urbancic, Anne, « Picturing Annie’s Egypt. Terra di Cleopatra by Annie Vivanti », Quaderni d’italianistica, vol. 27, n° 2, 2006, p. 93‑106.

« Biography: Vivanti, Annie », Italian Women Writers, https://www.lib.uchicago.edu/efts/IWW/BIOS/A0051.ita.html.

« Terra di Cleopatra d’Annie Vivanti – Carte interactive », StoryMapJS, https://uploads.knightlab.com/storymapjs/9254da68ff51edab155dcf9f194a2178/terra-di-cleopatra-annie-vivanti/index.html.

L’Auto-édition sur Wattpad

Vous! Auteurs “du dimanche” et autres débutants! La plateforme de publication en ligne Wattpad vous intéresse-t-elle? Vous répugne? Vous intrigue? Vous passionne? Et bien peu importe les idées préconçues  que vous pouvez avoir, cette étude est faite pour vous. Afin de capter votre attention sur les recherches que nous avons faites, nous vous avons préparé une simulation d’un parcours d’édition, au cours duquel, vous avez la possibilité de devenir écrivain en ligne et peut-être avoir la chance de connaître votre heure de gloire! Cette Carte du Tendre revisitée (pas si tendre que cela) peut vous plonger dans la peau d’auteurs qui ont réussi comme Ali Novak, autrice de My life with the Walters Boys. Après l’écriture en ligne de son œuvre, elle a eu la chance de voir son livre adapté sur la plateforme de streaming Netflix. En explorant cette carte, vous aurez l’occasion de découvrir la plateforme Wattpad comme vous ne l’avez jamais vu, ainsi que d’écouter des podcasts discutant de la pertinence des commentaires présent sur le site, du danger de la numérisation de textes aux sujets sulfureux ou encore de discuter de l’âge prédominants des utilisateurs et des utilisatrices qui sont en nombre majoritaire. Il serait légitime de votre part de vous demander quel est l’intérêt de tout ça. Outre l’affinité personnelle que notre équipe a pour ce projet, il est pertinent de mettre en avant un aspect social de la littérature et de l’interaction humaine au travers du numérique. En effet, lorsqu’on entre en contact avec d’autres individus sur internet, il est parfois très facile d’oublier qu’il s’agit de véritables personnes derrière leurs écrans. Les commentaires peuvent être blessants, la réussite d’autrui peut entraîner une forme de jalousie et incité à la méchanceté. Il est important de se rappeler que, selon les statistiques, la plupart des utilisateurs ne sont pas encore majeurs et restent sensibles face à certains propos et contenus. Mettre en avant tous ces faits est une manière d’avertir le plus grand nombre et peut-être pousser les personnes qui liront notre étude à plus de compréhensions et de bienveillances les uns envers les autres. Nous pensons que l’intérêt de notre projet est dans ces mots et nous espérons qu’ils feront échos en vous au fil de votre lecture. 

Nous vous remercions et nous vous souhaitons une bonne lecture interactive!

Lien de la carte et des podcasts (la carte peut mettre un peu de temps avant de s’afficher dans sa totalité) : https://www.figma.com/proto/F1YzZqI9njkXnLuFNGPs8a/Organigramme-HN?node-id=13-11&t=3GvBetrlT2fv7jkM-1&scaling=scale-down-width&content-scaling=fixed&page-id=0%3A1

Un projet d’Humanités Numérique proposé par Aylona Picq, Célia Jean, Solène Gawel et Lucas Deman

Les sous-titres manuels et automatiques : la fiabilité de transcription

L’essor des sous-titrages

Au cours des années 1930, les cinéastes ont cherché à exporter leurs œuvres cinématographiques à l’étranger. Cependant, l’accessibilité des films auprès d’une audience étrangère présentait quelques barrières langagières. Afin de pallier aux contraintes d’exportation, deux solutions ont alors vu le jour : le doublage et le sous-titrage. Au cours de ces dernières décennies, le sous-titrage s’est grandement développé jusqu’à devenir un outil visuel très présent sur les réseaux sociaux. Sur YouTube, les sous-titres en langues originales ainsi qu’en langues étrangères sont devenus banales. Si leur utilisation tend à favoriser une diffusion internationale comme il était de coutume au début de l’apparition des médias audiovisuels, elle permet également de faciliter l’accessibilité aux personnes sourdes ou malentendantes. Créé manuellement ou générée automatiquement par les créateurs de contenus, chaque méthode de sous-titrage interroge sur la fiabilité de transcription. Des limites, qui pourraient expliquer des défauts de transcriptions, sont à observer dans le cadre de chaque usage.

La qualité de transcription

La qualité de transcription diffère selon la méthode utilisée par le créateur. Le temps de production, l’investissement financier, la synchronisation audio/écrit et la précision de transcription sont des référents qui varient selon le processus de sous-titrage choisi et qui influent donc sur la qualité de ces derniers. Le sous-titrage automatique et le sous-titrage manuel sont souvent comparés selon ces référents. Concernant le sous-titrage automatique, le temps de production ainsi que l’investissement financier sont souvent moindre car ils sont générés en temps réel par des outils informatiques utilisant la reconnaissance vocale ou bien des intelligences artificielles. Cette méthode de sous-titrage est souvent privilégiée par les créateurs sur YouTube car elle répond à un souci d’efficacité. Cependant, cet avantage de production comporte des défauts qui impactent la précision linguistique. En effet, si les sous-titres manuels prennent plus de temps à être réaliser, ils comportent toutefois beaucoup moins d’erreurs langagières. L’accent des locuteurs ou bien le contexte d’élocution sont des facteurs qui peuvent entraîner de mauvaises transcriptions lorsqu’ils sont générés automatiquement. Or, lorsque l’homme se dédie à cette tâche, il y a très peur d’erreur à constater car il lui est plus facile de repérer ces subtilités.

Chaque méthode comporte des limites qui lui sont propre et qui peuvent être schématisées comme suit :

Analyse d’un extrait de vidéo

En analysant un extrait de vidéo, il est possible de rendre compte, de manière plus concrète, des différences entre les sous-titres manuels et les sous-titres automatiques. Dans le cas de la vidéo LA VÉRITÉ SUR LE BITCOIN ! – LE RIRE JAUNE, du youtubeur Kevin Tran, on peut observer des discordances de transcription en fonction de la difficulté du langage choisi et du débit de parole.

Dans un premier exemple, on peut observer que la phrase énoncée par le locuteur ne possède pas de transcription manuelle dite grammaticalement correcte. Cela étant, le sous-titre reste lisible et compréhensible, et témoigne d’un niveau de langage familier.

Sous-titre manuel

Dans sa version automatique, il est quasiment impossible de comprendre le sens des mots écrits. Il y a de se fait une perte de communication qui nuit à la compréhension de l’interlocuteur, qui ne peut identifier aucune information concernant les paroles énoncées.

Sous-titre automatique

Dans un second exemple, les différences entre les sous-titres manuels et les sous-titres automatiques sont plus minimes quant aux problèmes linguistiques. La transcription automatique présente certes une erreur et transforme « le pound et les » en « le pain des laits », mais on peut imaginer que l’interlocuteur comprenne tout de même ce qui est énoncé au vu du contexte qui énumère plusieurs monnaies de manière orale, mais aussi graphique, avec les symboles qui les représentent. Cette fois-ci, ce qu’il est intéressant d’observer, ce sont les variations de ponctuation. Dans la version manuelle, la phrase est écrite de telle sorte à former une phrase avec un début et une fin, et qui plus est, indique que c’est une phrase prononcée dans un dialogue, sous forme interrogative. Dans la version automatique, le manque total de ponctuation peut potentiellement gêner la clarté du message. De ce fait, le manque de précision dans la version automatique questionne sur la fiabilité de transcription effectuée par des outils informatiques.

Sous-titre manuel à gauche et sous-titre automatique à droite

L’avenir du sous-titrage

 Le sous-titrage, qu’il soit automatique ou manuel, possède des limites. La qualité de transcription diffère le plus souvent de la méthode utilisée mais elle peut aussi être le résultat d’un manque de considération. Si le sous-titrage manuel peut représenter une importante charge de travail supplémentaire dont le créateur de contenu ne veut pas endosser la responsabilité, il est possible d’envisager d’utiliser la transcription automatique dans premier temps, puis de procéder à une vérification manuelle afin de corriger toute erreur. En combinant les deux techniques de sous-titrage, il serait alors possible d’optimiser l’efficacité du processus de création.

La volonté de rendre les vidéos accessibles, aussi bien pour un public sourd, que pour un public ne parlant pas la langue dans laquelle la vidéo a été enregistrée, tend au perfectionnement du sous-titrage. Aussi, avec l’essor de l’intelligence artificielle, il y a fort à parier que le sous-titrage automatique se démocratise encore davantage en raison de la constante évolution de la qualité du résultat final. 

Source :

Kevin Tran 陈科伟. LA VÉRITÉ SUR LE BITCOIN ! – LE RIRE JAUNE [en ligne]. Youtube, 2018. https://youtu.be/0HomVj4vc3o?si=08RSXQdyre8cE_iz

Laura Bourdier et Océanne Gaillard

Hunger Games : une œuvre qui appartient à son public ?

Depuis le début du 20ᵉ siècle, un nouveau phénomène a vu le jour : la dystopie. La toute première dystopie moderne a été écrite par Jack London en 1908 et s’intitule Le Talon de Fer. Depuis, le phénomène n’a cessé de prendre de l’ampleur et est devenu un réel mouvement littéraire. En passant par 1984 de George Orwell, à Fahrenheit 451 par Ray Bradbury ou encore La servante écarlate de Margaret Atwood, l’univers dystopique a été imaginé par de nombreux auteurs à succès. Depuis les années 2000, nous recensons de nombreuses adaptations cinématographiques de romans dystopiques, mettant ce mouvement sous les projecteurs.

La saga Hunger Games dont le premier roman a été publié en 2008 a été adaptée en 2012, suite à cela, les sagas telles que Divergente (2014), Le Labyrinthe (2014) ou même World War Z (2013) ont fait leur apparition sur nos écrans. La sortie de la saga Hunger Games aurait été le déclencheur de cette vague d’adaptations dystopiques ? On ne présente plus cette saga aux 695,2 millions de dollars au Box Office, avec son arène grandiose et ses jeunes combattants déterminés à sauver leur vie.

Cette saga aux nombreux lecteurs s’est construite grâce à son autrice mais aussi grâce aux fans qui se sont approprié l’univers afin de développer les points obscurs du récit, et de combler leur frustration quant au développement de certains personnages. De nombreuses fanfictions ont été publiées à partir de 2008 et jusqu’à aujourd’hui, un grand nombre de fans reprennent les aventures de Katniss et Peeta mais d’autres lecteurs ont choisi de développer les aventures d’autres personnages moins présents et moins populaires dans la saga. Les graphiques que nous mettons ci-dessous illustrent le désir des lecteurs d’assouvir leur frustration quant à certaines scènes ou personnages manquant de développement.

(Conseil : cliquez sur les images pour accéder aux diagrammes dynamiques, frise, etc.)

De plus, sur la frise chronologique ci-dessous, nous pouvons observer que la création de l’univers des Hunger Games est un réel travail d’équipe entre Suzanne Collins et ses lecteurs.

Avec un univers si vaste et complexe, il est logique que les fans restent sur leur faim sur certains aspects. Mais avec la multitude de possibilités que présente internet, une solution finit par émerger : la fanfiction. Sur des sites spécialisés, les fans peuvent écrire des histoires plus ou moins longues sur leur saga préférée. Et quant à modeler l’univers comme ils le veulent, autant réparer les points qui leur sont apparus comme insatisfaisants. C’est ainsi que naissent les ships, des couples entre des personnages existants dans les livres ou sortis de l’imagination des auteur.ice.s. Dans le cas des personnages appartenant à l’univers original, on remarque rapidement que le nombre de scènes où deux personnages apparaissent simultanément influe grandement sur la popularité de leur ship. Prenons comme exemple le mentor de Katniss et Peeta Haymitch et l’hôtesse des tribus du district douze Effie : ces deux personnages hauts en couleurs ont droit à plusieurs scènes durant lesquelles les interactions complices ont attisé l’imagination des fans : les fanfictions qui mettent en scène leur couple se comptent par centaines !

Un autre type de ship est particulièrement lié au genre de la fanfiction : le slash. Ce type de fanfiction met en scène des couples queer et permet à son auteur.ice de combler un manque de représentation dans l’œuvre originale. Dans le cas des Hunger Games, les slash les plus populaires sont ceux mettant en scène Peeta, le plus souvent avec Gale ou Finnick. Ce sont principalement sur les personnages préférés des lecteurs et spectateurs que nous voyons naître les ships.

De nos jours, même après 17 ans, la série Hunger Games est loin d’être finie, de nouveaux tomes viennent s’ajouter à cet univers, comme nous pouvons l’observer avec la sortie en 2020 du préquel The Ballad of Songbirds and Snakes (La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur) centré sur la jeunesse au Capitole du Président Snow ou Coriolanus Snow (pour les intimes). Cette année un second préquel est annoncé et se basera sur les Jeux d’Haymitch, il s’intitulera Sunrise on the Reaping.

Néanmoins, il n’y a pas que les nouveaux tomes préquels qui font de cet univers, une saga toujours autant d’actualité et appréciée. Les maisons d’éditions ne cessent de sortir de nouvelles éditions des premiers tomes sortis en 2008, que ce soit des nouvelles couvertures, ou même des éditions collectors. L’arène des Hunger Games est loin d’avoir dit son dernier mot, elle n’est pas près de fermer ses portes.

Sources :

FLOEGEL, Diana, « “Write the story you want to read”: world-queering through slash fanfiction creation »,  Journal of documentation vol. 76/ 4, 2020, p.785–805, doi:10.1108

FRANÇOIS, Sébastien, « Les fanfictions, nouveau lieu d’expression de soi pour la jeunesse ? », Agora débats/jeunesses, vol. 46 / 4, Presses de Sciences Po, 2007, p. 58-68

GAUDRIC, Paul, MAUGER, Gérard et ZUNIGO, Xavier, « VII. Le numérique et la littérature illégitime : deux exemples », in Lectures numériques : Une enquête sur les grands lecteurs, Paris, Éditions de la Bibliothèque publique d’information, 2016, (« Études et recherche »), [En ligne : https://books.openedition.org/bibpompidou/1883]

RODRIGUEZ-FUENTES, Bárbara, ULLOA, José Luis, Why do people create imaginary worlds? The case of Fanfiction. The Behavioral and brain sciences, 2022, 45: 294–294, doi:10.1017

MORIN Manon et DUCROCQ Clara

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