La bande-dessinée numérique

Depuis l’apparition du média informatique, de nombreuses questions se posent sur sa place dans les paysages scientifiques, économiques, artistiques…

En effet, la bande-dessinée elle aussi tente de s’adapter à ce nouveau format tant plébiscité. Quelle sont les résultats de cette « migration » de support ? Cela est-il aussi pertinent pour un document principalement graphique que pour un document purement textuel ? Quel est son impact sur le secteur de la bande-dessinée ? Sur le processus créatif, sur les auteurs ?

C’est par l’intermédiaire de ce projet que nous avons décidé de tenter d’apporter, sinon des réponses, au moins des réflexions pertinentes à ce sujet, dans l’espoir humble de permettre à quiconque s’y intéresserait d’y voir un panorama complet des différentes problématiques qui se posent aujourd’hui dans la grande question opposant peut-être trop souvent le format imprimé au format numérique.

Pour commencer, rappelons la définition Larousse de la bande-dessinée : « Mode de narration utilisant une succession d’images dessinées, incluant, à l’intérieur de bulles, les paroles, sentiments ou pensées des protagonistes. ».

Cette définition semble tout à fait correcte à la fois pour la bande-dessinée classique, mais aussi pour la numérique, pour laquelle on pourrait cependant ajouter divers éléments, notamment sur la structure : la BD numérique, contrairement à celle sur support papier, possède souvent aujourd’hui un format « longiligne », c’est à dire que nombre d’entre-elles se présentent sous un format où, plutôt que d’explorer une page d’un coup d’œil, le lecteur fait défiler l’histoire vers le bas jusqu’à arriver à sa conclusion.

Exemple d’une BD longiligne extraite du Blog de Guillaume Long

Cette transformation de structure est notable, car même si elle ne brise pas les codes initiaux de la BD, elle reste néanmoins une adaptation notable au support, puisqu’il s’agit d’une évolution visant à exploiter au maximum les barres de défilement des pages internet et autres logiciels de lecture. Il a de plus le bénéfice de rendre la lecture bien plus agréable notamment sur un smartphone, où le lecteur doit simplement faire défiler au lieu de péniblement se concentrer et agrandir telle ou telle case d’une page de BD.

Ajoutons à cela les différences classiques du format numérique : une œuvre numérique étant à priori copiable à souhait, stockable sur une infinité de machines, en plusieurs exemplaires si nécessaire, elle sera toujours fondamentalement plus difficile à faire disparaître qu’une œuvre papier. Elle est en plus bien plus facile à transmette et faire évoluer, à mettre à jour, cela-même en en gardant les précédentes versions.

Schéma datant de 2005 et représentant le stockage des documents numériques

Même si elle ne sont pas forcément exploitées, on note aussi de nouvelles libertés offertes par le support numérique dans le cadre de la bande-dessinée : on peut y ajouter des sons, des animations, faire évoluer le cadre et la structure au fur et à mesure de la progression du lecteur, qui elle aussi peut-être influencée au besoin selon le rythme de narration, les événements de l’histoire, ou tout autre processus narratif jugé digne de l’influencer par l’auteur.

Progression de la narration clic après clic dans la bande-dessinée en ligne John Lecrocheur

Mais ce n’est pas tout ! Si la bande dessinée évolue en tant que média d’art, il en est de même de tout ce qui l’entoure ! Du côté des bande-dessinées sur internet, par exemple, on retrouve des exemples de l’influence de l’interactivité du Web 2.0, comme par exemple des sections « commentaires », des forums de lecteurs intégrés pour réagir et discuter entre fans des différentes planches.

Cela peut aller encore plus loin, certains sites allant même jusqu’à proposer de véritables encyclopédies complètes de l’univers de leur création sur leur site, via notamment des liens hypertexte.

Enfin, les plateformes d’échanges entre différents auteurs de tous niveaux et lecteurs présentent un intérêt certain ; des plateformes telles que Webtoons qui permettent à chacun de partager ses créations afin d’en recueillir avis et critiques et de faire noter ses bandes-dessinées par les différents internautes. Plus axée sur le numérique, la plateforme Turbomédia permet aussi de partager des créations, mais aussi et surtout d’en lire : le principal attrait, c’est que les BD y sont pensées pour le format numérique et en exploitent les possibilités.

Ainsi, quel que soit son niveau, chacun peut s’y prétendre auteur, s’améliorer ou même, si le succès est au rendez-vous, faire de ce qui est peut-être un hobby une véritable carrière.

Exempte de notion de prestige pré-existant, et traitée ainsi comme une notion hautement participative, ces plateformes peuvent faire réfléchir à la notion d’auteur et de ses évolutions.

Ainsi, avec les nouvelles méthodes de création artistiques proposées par le numérique, de plus en plus de personnes peuvent se faire auteures et partager avec le monde entier.

Que dire en plus des plateformes telles que Storyboardthat qui propose à l’utilisateur de créer une véritable bande-dessinée scénarisée à partir de nombreux décors, personnages, formes et bulles directement via un outil intégré au site ?

Exemples de bande-dessinées (ici à une seule case) créées via le site Storyboardthat

Même si il n’y a aucun doute quant à la vastité de la problématique que cela pose dans d’autres domaines (la question des droits d’auteur, par exemple), on ne peut nier que le numérique, en plus de son côté pratique reconnu, permet à de plus en plus d’auteurs de bande-dessinées de participer de manières diverses, variées et originales à ce grand média qu’est le neuvième art.

Bibliogaphie :

Les articles :

BAUDRY Julien, Paradoxes of innovation in french digital comics, Cambridge, Édition : The Comic Grid, (coll.) Poetics of Digital Comics, 20 mars 2018.

Disponible en ligne [URL] :

https://www.comicsgrid.com/articles/10.16995/cg.108/  consulté le 25/11/19   

CÔME Martin, With, against or beyond print ? Digital comics in search of a specific status, Cambridge, Édition : The Comic Grid, (coll.) Poetics of Digital Comics, 27 septembre 2017.

Disponible en ligne [URL] :

https://www.comicsgrid.com/articles/10.16995/cg.106/  consulté le 25/11/19   

JOE Ryan, Digital comics, digital payments, vol. 261, n°39, New York, Publishers Weekly, 29 septembre 2014

Disponible en ligne [URL] :

https://search-proquest-com.ressources-electroniques.univ-lille.fr/docview/1566909757?rfr_id=info%3Axri%2Fsid%3Aprimo  consulté le 25/11/19  

RASTIER Gilles, Évolution de la bande dessinée en France depuis quinze ans, vol. 1, n°6, Alberta, Alternative francophonie, 2013, p. 80-89.

Disponible en ligne [URL] : https://journals.library.ualberta.ca/af/index.php/af/article/view/21313/16112 consulté le 25/11/19   

WERSHLER Darren, Digital comics, circulation, and the importance of being Eric Sluis, vol. 50, n°3, Texas, Édition :  University of Texas Press, (coll.) Cinema Journal, printemps 2011, p. 127-134.

Disponible en ligne [URL] :

https://www-jstor-org.ressources-electroniques.univ-lille.fr/stable/41240729?seq=1#metadata_info_tab_contents  consulté le 25/11/19  

Les sites :

https://www.sne.fr/

https://www.webtoons.com/fr

https://www.smbc-comics.com/

http://www.atomic-robo.com/

https://swordscomic.com/comic/CCCLVIII/

https://www.storyboardthat.com/fr

http://www.mediaentity.net/fr/

http://www.lesautresgens.com/-La-serie-

Autres :

Réponses aux questions posées par mail aux auteurs de webcomics :

Matthew J.Wills (Swords)

Zach Weinersmith (SMBC Comics)

Brian Clevinger (Atomic Robo, 8-bit Theater)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :